Il y a quarante ans, le 26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait, libérant un nuage radioactif qui a survolé l'Europe. En France, les autorités ont alors assuré qu'il n'y avait aucun risque sanitaire, mais des millions de Français ont été exposés aux retombées, notamment dans le Sud-Est. Aujourd'hui encore, le césium 137 persiste dans certains points chauds d'altitude, comme dans le Mercantour.
Les autorités françaises ont minimisé les risques
Le 29 avril 1986, le professeur Pierre Pellerin, directeur du Service central de protection des rayonnements ionisants (SCPRI), déclarait sur Antenne 2 que le nuage ne menaçait personne, sauf peut-être dans le voisinage immédiat de l'usine. Dans Nice-Matin, on titrait le 30 avril : « Aucun risque sanitaire dans notre région ». Pourtant, le nuage était déjà entré en France. Le même jour, l'AFP révélait que le laboratoire de l'AIEA à Monaco avait détecté une augmentation de la radioactivité. Le SCPRI reconnaissait alors une légère hausse, mais non significative pour la santé publique.
Des retombées radioactives importantes dans le Sud-Est
Les pays voisins ont adopté des mesures radicales : en Italie, tous les produits frais ont été interdits ; en Allemagne, les crèches ont fermé et la consommation de légumes frais a été déconseillée. En France, rien de tel. Ce n'est que le 13 mai que Nice-Matin titrait : « Nous avons été irradiés et nous ne le savions pas ». Les précipitations de fin avril à début mai ont rabattu les substances radioactives sur le sol, notamment en altitude, multipliant les retombées par dix.
Le césium 137 toujours présent quarante ans après
Parmi les éléments radioactifs, l'iode 131 a une demi-vie courte (8 jours) et a contaminé le lait et les légumes, augmentant les risques de cancer de la thyroïde. Mais le césium 137, avec une demi-vie de 30 ans, est toujours présent dans les sols. Dans les années 2000, le géologue André Paris a effectué des prélèvements dans le Mercantour et le Haut-Var, révélant d'importantes concentrations près de Saint-Martin-Vésubie, Saint-Étienne-de-Tinée et du col de la Bonette. En 2015, Bruno Chareyron de la CRIIRAD a constaté que la concentration au col de la Bonette était encore vingt fois supérieure à la normale.
Des champignons et du gibier contaminés
La CRIIRAD a classé les champignons selon leur taux de contamination : la chanterelle en tube, le bolet bai, le bolet à chair jaune, le petit-gris et le pied de mouton concentrent le plus le césium 137. Pour les gros consommateurs, l'exposition n'est pas négligeable. Philippe Renaud de l'ASNR estime que même une consommation régulière de gibier et de champignons du Mercantour reste dans des limites acceptables. Le lait produit dans la région contient des concentrations élevées, mais reste sans danger selon l'ASNR.
L'eau des lacs d'altitude
Le césium 137 est piégé dans les sédiments des lacs d'altitude et ne passe quasiment pas dans l'eau. Même en bivouaquant sur ces zones, l'exposition reste inférieure aux limites. Bruno Chareyron rappelle que toute dose de radioactivité, même faible, augmente statistiquement les risques de cancers, mais il ne faut pas pour autant céder à l'inquiétude sanitaire.
Ce qui préoccupe davantage, c'est l'état actuel du réacteur n°4 de Tchernobyl. En 2025, un drone russe a perforé l'arche de protection. « Dans les entrailles de ce réacteur, il y a des matières extrêmement dangereuses. Malheureusement, Tchernobyl n'est pas fini », conclut Bruno Chareyron.



