L'incendie de Notre-Dame a-t-il durablement pollué la Seine au plomb ?
Pollution au plomb de la Seine après l'incendie de Notre-Dame

L'incendie de Notre-Dame a-t-il durablement pollué la Seine au plomb ?

L'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, survenu le 15 avril 2019, a ravivé les inquiétudes concernant la contamination au plomb dans la capitale et son fleuve emblématique. Pour déterminer si cette catastrophe a effectivement pollué la Seine, une équipe scientifique a mené une étude approfondie des sédiments et de leur signature isotopique.

La méthode scientifique pour retracer l'origine du plomb

Pour mettre en évidence une pollution associée au plomb émis lors de l'incendie, les chercheurs ont dû établir sa « signature » isotopique spécifique. Cette signature correspond au rapport entre les concentrations des différents isotopes du plomb, permettant de distinguer les sources de contamination.

Cette signature a ensuite été comparée à celles d'autres sources potentielles de plomb dans Paris :

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  • Les infrastructures du Paris haussmannien (tuyaux, toitures, fontaines, peintures)
  • Les additifs au plomb des essences (interdits depuis 2000)
  • Le plomb présent naturellement dans les sols du bassin de la Seine

Dans le cadre du chantier de restauration de Notre-Dame, l'analyse de poussières prélevées sur le banc de l'orgue de la cathédrale a permis de caractériser la signature unique du plomb émis par l'incendie. Cette signature s'est révélée distincte de toutes les autres sources parisiennes.

L'étude des sédiments de la Seine révèle l'évolution de la contamination

Pour suivre dans le temps les effets de cette contamination, les scientifiques ont étudié les sédiments déposés sur les quais de la Seine à Paris. Les prélèvements ont été effectués à plusieurs moments clés :

  1. Lors de la crue exceptionnelle de juin 2016, avant l'incendie
  2. Après des crues hivernales survenues après l'incendie, en 2020 et 2021
  3. En 2024, juste avant les Jeux olympiques, au moment où la Seine a été ouverte à la baignade

Les résultats sont éloquents : les sédiments de la crue de 2016 provenaient surtout des sols de l'amont du bassin parisien et ne présentaient pas de contamination importante en plomb.

En 2020, après l'incendie, les niveaux de plomb les plus élevés ont été mesurés autour de l'île de la Cité, avec une signature isotopique particulièrement proche de celle de l'incendie de Notre-Dame.

Cependant, lors des crues suivantes en 2021 puis 2024, les niveaux de plomb ont baissé et leur signature s'est éloignée de celle de l'incendie pour se rapprocher de la signature du Paris haussmannien.

D'autres sources de contamination identifiées

La reconstruction de la cathédrale n'aurait pas entraîné de contamination au plomb supplémentaire selon ces résultats. En revanche, un autre site présentait une contamination importante en plomb en 2021 : les dépôts prélevés à proximité de la tour Eiffel.

Cette contamination correspondait aux travaux de peinture entrepris début 2021 pour refaire une beauté à la dame de fer en vue des Jeux olympiques. Cette rénovation pourrait être en cause dans l'augmentation des niveaux de cuivre, de zinc et de plomb mesurés à proximité.

Un panel d'analyse élargi en 2024

Dans le cadre du programme PIREN Seine, les chercheurs ont renouvelé l'analyse sédimentaire en 2024 avec un panel de substances élargi comprenant :

  • Molécules pharmaceutiques (tramadol, paracétamol, diclofénac)
  • Molécules courantes comme la caféine
  • Drogues (cocaïne, kétamine)
  • Pesticides

Les résultats confirment que la Seine reste le réceptacle de l'ensemble des substances utilisées dans le bassin parisien, particulièrement lors d'orages qui génèrent un ruissellement intense sur les surfaces urbaines.

Découvertes alarmantes dans les sédiments de 2024

Les dépôts de sédiments étudiés en 2024 ont révélé des tendances contrastées :

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  • Les concentrations en drogues, produits pharmaceutiques et plomb augmentent de l'amont vers l'aval
  • Les concentrations en pesticides agricoles diminuent selon le même transect

Concernant les métaux, les concentrations dites « sans effet prévisible » pour les organismes aquatiques ont été dépassées en 2024 pour le plomb à proximité de deux sites de baignade actuels (le bras Marie et le bras Grenelle).

Important : l'incendie de Notre-Dame n'est pas en cause dans cette contamination récente, où l'on retrouve la signature isotopique du plomb urbain du Paris haussmannien.

Parmi les pesticides analysés, les concentrations les plus élevées ont été trouvées pour deux herbicides (pendiméthaline et diflufénican), dépassant souvent les seuils de sécurité. Plus inquiétant encore, l'atrazine, un herbicide interdit depuis 2003 en France, a été détectée dans plusieurs échantillons.

Implications sanitaires pour la baignade dans la Seine

Même si la présence de ces composés dans les sédiments ne reflète pas directement leurs concentrations dissoutes dans l'eau, les sédiments constituent une matrice utile pour caractériser le « profil » des sources potentielles de contamination.

Les recherches menées dans le cadre du programme PIREN Seine montrent qu'il serait important d'analyser plus fréquemment d'autres paramètres de qualité de l'eau, tels que :

  • Le plomb
  • Les pesticides
  • Les médicaments
  • Les virus

Une telle surveillance permettrait d'améliorer l'information du public concernant les activités de baignade pendant les périodes à haut risque. Actuellement, le site Web associé aux lieux de baignade dans la Seine à Paris indique seulement si ces sites sont ouverts ou fermés à la baignade.

Cette approche globale permettrait également d'identifier les mesures complémentaires qui pourraient être prises pour améliorer davantage la qualité de la Seine, en ciblant les sources persistantes de polluants qui aboutissent dans le fleuve.