À une semaine du terme de l’enquête publique concernant le projet d’extension de la carrière Languedoc granulats à Murles, dans l’Hérault, l’hostilité se fait sentir, en particulier aux Matelles, en première ligne des problématiques. Depuis le 11 août, l’enquête publique relative à ce projet, situé à quelques encablures du pic Saint-Loup, est passée sous les radars, mais la tension est montée d’un cran après la présentation du projet par le directeur de la carrière, Gilles Sas, le 15 octobre dernier lors du dernier conseil municipal des Matelles.
Un opposant déterminé
Emmanuel Pla, conseiller municipal, est devenu un farouche adversaire du projet. « Depuis que je suis gamin, je bouffe de la poussière », déclare-t-il. Né et ayant grandi dans le hameau de la Baraque, aux Matelles, à deux pas de la carrière, il affirme que ses parents habitent toujours sur place. « Si l’extension se fait, elle arrivera à 600 mètres des premiers habitants », s’inquiète-t-il. Pour lui, la double demande d’extension de la carrière et de renouvellement de l’exploitation pour trente années supplémentaires (l’autorisation actuelle expire en juin 2026) ne doit pas aboutir.
Un projet aux multiples impacts
L’enquête publique est consultable à Murles, et les communes de Saint-Gély-du-Fesc, Viols-le-Fort, Viols-en-Laval, Combaillaux, Cazevieille et Argelliers ont été sollicitées. Cependant, c’est la commune des Matelles qui sera la plus impactée, étant la plus proche du site, soumise aux vents dominants, et dont le seul accès se situe sur son territoire (aucun accès par Murles, distant de 7 km). L’extension prévoit de doubler la surface de la carrière, passant de 44 à 88 hectares, non pas pour augmenter l’extraction (qui serait au contraire réduite) mais pour stocker les déchets inertes. Le monticule de ces déchets, actuellement haut de 85 mètres sur 11 hectares, serait abaissé d’une vingtaine de mètres en étant étalé.
Par ailleurs, si la superficie d’extraction n’augmente pas, la profondeur, elle, serait accrue. « La nappe phréatique bénéficie aujourd’hui d’un plancher de 120 mètres. Ils veulent descendre de 80 mètres supplémentaires et ne plus laisser qu’un plancher de 40 mètres », s’alarme Emmanuel Pla. Il met en avant les risques de pollution de l’air (poussières), sonore, paysagère, environnementale et potentiellement de l’eau.
La position du maire
Alain Barbe, maire des Matelles et président de la communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup (qui compte trois carrières sur son territoire), partage ces préoccupations. Il aurait préféré éviter cette enquête publique à quelques mois des élections et en plein été. « Cette carrière, depuis 1993, elle ne nous facilite pas la vie. Au début, c’était les camions qui traversaient la commune, c’était insupportable. Heureusement, on a réussi à les faire passer ailleurs », rappelle-t-il. Lors du conseil municipal du 15 octobre, il a fait voter une délibération avec deux pages de recommandations et de considérants, sans donner un avis favorable à l’extension. « Je ne suis pas compétent pour rentrer dans des données techniques, je fais confiance aux professionnels, aux services de l’État, à la DDTM, à la Mrae, à l’ARS », précise-t-il.
La discrétion de l’exploitant
Du côté de Languedoc granulats (propriété à 50 % de Lafarge et à 50 % de Cemex), on se fait discret. Le directeur Gilles Sas, qui n’a pas donné suite aux sollicitations, avait présenté le projet devant le conseil municipal des Matelles, précisant que ses équipes y réfléchissent depuis 2018 et que les meilleures pistes ont été retenues.



