Drogues : l'impact environnemental caché de la production révélé par des études
Impact environnemental caché de la production de drogues

L'impact environnemental méconnu de la production de drogues

Entre 2.300 et 5.200 kilogrammes de dioxyde de carbone sont générés pour produire un seul kilo de fleurs de cannabis séchées en intérieur. Pour un kilo d'ecstasy, ce sont environ 58 kilogrammes de déchets qui sont produits. Pendant longtemps, l'impact environnemental de la production des drogues est resté un angle mort des politiques publiques, éclipsé par les enjeux de sécurité et de santé publique. Cependant, à partir de 2021 et sous l'impulsion de la France, plusieurs études ont révélé la menace écologique majeure, durable et souvent irréversible que représente cette production, particulièrement en Europe.

Une prise de conscience progressive

« Les jeunes en particulier sont de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux et font attention aux produits alimentaires qu'ils consomment », relève Laura d'Arrigo, conseillère diplomatique de la Mildeca, la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives. « Mais peut-être pas assez à ce qu'il y a derrière les drogues, en matière de substances toxiques, mais aussi d'impacts sur l'environnement. » Ce coût écologique des stupéfiants paraît souvent invisible aux consommateurs, alors qu'il représente une réalité tangible et mesurable.

Le cannabis : une image naturelle trompeuse

Le cannabis, qui reste la drogue la plus consommée en Europe avec 24 millions d'usagers en 2024, bénéficie d'une image pseudo « naturelle » largement répandue. Pourtant, la réalité est tout autre. En Europe, sa production en intérieur, dans des entrepôts ou des caves spécialement aménagés, représente un gaspillage massif de ressources énergétiques et hydriques.

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Les installations nécessitent :

  • Un éclairage en haute intensité fonctionnant en continu
  • Une ventilation constante pour maintenir des conditions optimales
  • Une climatisation permanente pour réguler la température

Tous ces équipements engendrent un bilan carbone considérable. Aux Pays-Bas, la culture de cannabis « indoor » nécessiterait environ un milliard de kWh d'électricité par an, soit l'équivalent de la consommation des ménages de la ville de Rotterdam et ses 650.000 habitants. À cela s'ajoutent les litres d'eau nécessaires pour maintenir une forte humidité dans ces lieux clos de production.

Les drogues de synthèse : une pollution chimique massive

Quant à la production de drogues de synthèse, son impact écologique est particulièrement lourd, notamment aux Pays-Bas et en Belgique qui concentrent la majorité des laboratoires clandestins de fabrication en Europe. La production d'un seul kilo d'amphétamines génère entre 20 et 30 kilogrammes de déchets dangereux, comprenant :

  1. De l'acétone
  2. De l'acide sulfurique
  3. Des résidus de précurseurs chimiques
  4. Des métaux lourds

Pour se débarrasser de ces liquides toxiques, les trafiquants les déversent souvent dans les égouts ou les abandonnent en pleine nature. En janvier dernier à Pelt, en Belgique, la police a découvert près de 50 barils plastiques renfermant des acides et des solvants abandonnés près de terres agricoles, les liquides ayant déjà contaminé les sols environnants.

Des infrastructures publiques affectées

Ces polluants chimiques s'attaquent également aux infrastructures publiques. En mars 2021 en Belgique, une station d'épuration Aquafin de Lanaken a dû être mise hors service après qu'une « très haute concentration et quantité de substances chimiques » rejetées dans les égouts a tué les bactéries nécessaires au traitement des eaux et blessé deux employés. Suite à cet incident grave, des capteurs ont été installés dans plusieurs stations d'épuration du pays afin d'alerter en cas de décharges dangereuses, représentant des coûts supplémentaires importants pour le réseau public.

Le coût financier pour les collectivités

Ces dépenses s'ajoutent à celles du nettoyage des sites de production et de déversement de déchets. Selon le rapport mondial des drogues 2022 de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), les coûts moyens sont de :

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  • 33.372 euros par site en Belgique
  • 13.566 euros par site aux Pays-Bas

« L'un des enjeux est de renforcer la prise en compte des atteintes à l'environnement dans les procédures judiciaires liées aux stupéfiants », souligne Laura d'Arrigo, qui évoque l'application du principe de « pollueur-payeur » aux trafiquants de drogue. Les tribunaux commencent effectivement à intégrer les dommages environnementaux dans les peines prononcées. En 2022, en Belgique, une personne a été condamnée à couvrir les coûts du nettoyage d'un site pollué pour plus de 100.000 euros, selon le rapport de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives de 2024.

Vers une sensibilisation élargie

Outre l'argent gaspillé et les dommages pour la santé, Laura d'Arrigo espère que l'argument écologique touchera le plus grand nombre dans la lutte contre les drogues. « La prise de conscience sur les enjeux environnementaux grandit dans la population européenne, mais nous avons encore besoin de sensibiliser, notamment les plus jeunes, sur ce coût écologique de la production et du transport des drogues. »

Alors que la consommation d'un gramme de cocaïne à Paris ou Berlin équivaut à détruire 4 mètres carrés de forêt en Amérique latine, la Mildeca, en partenariat avec l'ONUDC et le producteur de café équitable Malongo, soutient des projets de développement alternatif en Bolivie et au Pérou. Les producteurs de feuille de coca sont incités financièrement à se tourner vers la culture du café, bénéficiant d'un accès aux marchés européens pour développer leur activité sur le long terme. Cette pratique, bien que moins rémunératrice que la production de cocaïne, s'avère à la fois moins dangereuse, moins polluante et moins destructrice pour les forêts tropicales.