Carnon : des fourmis envahissent la plage et mordent les baigneurs
Carnon : des fourmis mordent les baigneurs sur la plage

À Carnon, près de Montpellier, les fins d’après-midi virent à l’épreuve pour les baigneurs. Une colonie de fourmis particulièrement envahissantes mord les plagistes et les contraint de fuir les serviettes. Bien que sans danger, le phénomène interroge les habitués. L’avis du scientifique Luc Gomel.

Des baigneurs mordus sur leurs serviettes

Pour les vacanciers, riverains et habitués des plages de Carnon Est, près de Montpellier, les fins d’après-midi sont compliquées ces derniers jours. En cause, des milliers de petites fourmis qui, le soleil déclinant, sortent de leur nid pour mordre tout être vivant sur leur itinéraire vers le bord de mer nourricier. Sur la zone de plage allant de la sortie de Carnon – au niveau de la Maison familiale, avenue Grassion-Cibrand –, jusqu’après le Petit Travers, il est compliqué de profiter du sable.

“J’y étais dimanche en fin de journée, témoigne Suzanne. Je viens toujours là, avant le Petit Travers. Impossible de trouver un coin de plage sans fourmis ! Elles s’organisent en colonnes, montent sur les serviettes, entrent dans les sacs… Mais surtout, elles mordent, déplore la jeune femme. On ne peut pas rester sur la serviette. Heureusement, la mer est chaude. Alors, on est resté dans l’eau et on a tout remballé en sortant.”

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

“Pas de danger pour l’homme”

“Il n’y a pas de danger pour l’homme, rassure Luc Gomel, chargé de projet biodiversité à l’université Paul-Valéry de Montpellier et myrmécologue, spécialiste des fourmis. Il n’y a pas de venin avec la morsure. On n’est pas sur des fourmis électriques, comme dans le Var, ou sur la fourmi de feu, qui s’est installée en Sicile.”

Parmi les 200 espèces de fourmis recensées en France (13 000 dans le monde !), les Héraultaises de Carnon sont de la catégorie Tapinoma darioi. Les tapinomas n’ont pas d’aiguillon, se contentant de mordre. “Mais la morsure, même pour des habitués comme moi, souligne le scientifique, quand vous marchez pieds nus dans le sable, reste franchement très, très désagréable !” Et pour les enfants à la peau plus sensible, il convient de rester vigilant.

“Un nid gigantesque”

Si la Tapinoma darioi est désormais présente à Montpellier, à Valergues ou encore à Mauguio, le nid de Carnon n’est pas nouveau. “Je travaille sur ce groupe depuis plus de quatre ans, explique Luc Gomel. C’est un nid gigantesque, installé dans les dunes du Petit Travers, qui s’étend vers la ville et, à l’est, vers La Grande-Motte. Ces fourmis sortent en fin d’après-midi, quand la chaleur est moins forte pour elles, poursuit le chercheur. On voit bien la délimitation du nid puisque les gens ne se mettent plus contre les ganivelles, mais au plus près de l’eau.”

Au-delà de l’effet désagréable pour les baigneurs, la colonie ne représente pas de risque majeur pour l’environnement lagunaire. “En zone de maraîchage, c’est un vrai souci, souligne Luc Gomel, car les Tapinomas darioi déterrent les plantes et les épuisent, outre les pucerons qu’elles élèvent pour se nourrir de leur miellat. Mais dans les dunes, c’est moins déterminant.”

Aucun moyen pour les stopper

Quant aux moyens d’éradiquer cette espèce particulièrement invasive, le chercheur est clair : “Pour l’instant, il n’y a rien qui fonctionne. J’ai fait moi-même des essais, mais rien d’abouti pour le moment.” Enfin, faut-il établir un rapport entre la recrudescence de l’insecte et le dépôt récent, à proximité, des sables issus du dragage du port de Carnon ? “Pas directement. Le seul argument, c’est que cette espèce préfère les territoires complètement vierges de toute présence ennemie. Ces fourmis aiment bien s’installer dans les zones perturbées par l’homme. La création d’un lotissement, par exemple, avec de la terre remuée, des gravats déposés et des plantes que vous achetez, souvent déjà contaminées, offre un terrain particulièrement favorable.”

Au-delà de l’effet désagréable pour les plagistes, cette colonie de Tapinoma darioi ne représente pas de risque majeur pour l’environnement.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale