Face à la canicule précoce, les pépiniéristes landais réinventent leurs pratiques
Qu'il s'agisse de modifier l'organisation du travail ou d'ajuster le catalogue des espèces, les producteurs déploient de nouvelles stratégies en ce mois de mai 2026 pour faire face au stress thermique. Un thermomètre qui affiche 21°C, un ciel bleu parsemé de quelques nuages et des promeneurs le long de la Midouze, c'était il y a tout juste une semaine, mercredi 20 mai. Six jours plus tard, le mercure s'affole et grimpe à 36°C. Alors que chacun essaye de trouver un peu de fraîcheur, d'autres n'ont pas cette option. C'est le cas des pépiniéristes, dont le lieu de travail, les serres, peuvent atteindre 45°C, malgré l'aération.
L'été 1976 dépassé
« Les gens plantent de plus en plus tôt. Du temps de mon père, la période pour commencer à planter les plants de légumes sans serre chauffée, se situait après le 15 mai. Il y a quinze ans, c'est passé au 10 mai et, désormais, le gros coup de feu se fait au mois d'avril », constate Jean-Luc Maury, pépiniériste de père en fils depuis quatre générations. Installé face aux arènes du Plumaçon, lors du marché hebdomadaire, le professionnel est catégorique : « C'est une énorme erreur, parce qu'au mois d'avril, toutes les plantes que vous voyez ont germé dans des serres chauffées, ce qui est mauvais pour la plante. »
Les méthodes de culture varient, comme l'explique Jean-Luc Maury : « Nous, on le voit physiquement, on a des températures extrêmes au mois de mai, alerte-t-il. Quand j'étais enfant, on avait comme référence l'été 1976. Il y a longtemps qu'il a été dépassé. » « Pour maintenir les sols humides, on utilise des programmateurs automatiques la nuit et, la journée, on pratique le système du goutte à goutte. Le tout sur un paillage à base de copeaux de végétaux », explique ce dernier.
Pour s'approvisionner, ce Lot-et-Garonnais bénéficie d'une situation géographique privilégiée, puisque son eau provient du Lot, moins touché par les restrictions d'eau que dans d'autres régions : « Nous, on a cette chance. Mais jusqu'à quand ? Je n'en sais rien. » Face au changement climatique, il fait aussi évoluer son offre en remplaçant les hortensias par des variétés méditerranéennes comme la gaura ou les sauges, nécessitant moins d'eau.
De 7 à 14 heures
Un peu plus loin dans l'agglomération montoise, au Jardin des Nonères, le constat est similaire. Cet établissement médico-social, géré par le Conseil départemental des Landes depuis 1990, compte 150 membres dont des personnes en situation de handicap. Pour son directeur, Julien Le Baillis, présent dans la structure depuis quinze ans, « l'organisation du travail a changé depuis cinq ou six ans. Avant, on s'adaptait à partir du 15 juin. Désormais, dès le mois de mai, on commence à 7 heures et on finit à 14 heures ». Sous les tunnels de maraîchage, la vigilance est quotidienne pour éviter les brûlures de soleil sur les plantes. Et il faut perdre le moins d'eau possible : « L'arrosage automatique tourne la nuit et au petit matin, complété par un paillage classique », explique le directeur.
Enfin, pour faire baisser mécaniquement la température sous les abris, les équipes utilisent une technique traditionnelle mais efficace : « On blanchit le plastique des serres avec un lait de chaux chaque année, pour que le soleil se réverbère dessus », conclut Julien Le Baillis. Un dispositif d'ombrage complété par la pose de filets protecteurs pour les variétés les plus sensibles.
De plus en plus de palmiers
Gérant des Jardins de Péline, pépinière et jardinerie à la sortie du Moun en direction de Dax, Thierry Ségas constate que ce dérèglement apporte une consommation différente : « Le marché tend clairement vers la Méditerranée. On vend de plus en plus de palmiers, des végétaux qu'on s'interdisait de planter il y a vingt ans, parce que le climat n'était pas du tout adapté », explique-t-il. Selon lui, c'est désormais l'usager final qui doit réapprendre à jardiner en adoptant certains réflexes, comme le paillage systématique pour maintenir la fraîcheur du sol. Une vigilance qui se heurte encore aux comportements des clients. « On voit encore des clients âgés venir en plein après-midi, à 15 heures, quand le soleil est au zénith. Ce n'est absolument pas raisonnable pour leur santé. »



