Alors que la bactérie Vibrio vulnificus, surnommée « mangeuse de chair », progresse sur certaines plages européennes en raison de la hausse des températures marines, le littoral occitan pourrait-il être concerné ? Alors que la France traverse un épisode caniculaire exceptionnel, la question de la qualité des eaux de baignade revient sur le devant de la scène. L'Europe surveille de près la progression des bactéries Vibrio sur ses plages, favorisée par le réchauffement de la mer. Faut-il craindre leur arrivée sur le littoral occitan ? Pour Patrick Monfort, directeur de recherche au CNRS au sein du laboratoire HydroSciences Montpellier et spécialiste des vibrions, le risque reste aujourd'hui limité.
Qu'est-ce que la bactérie Vibrio vulnificus ?
« Les Vibrio sont des bactéries présentes dans tous les milieux marins », rappelle Patrick Monfort. Toutes ne sont pas dangereuses pour l'homme. Parmi les espèces pathogènes, Vibrio vulnificus est souvent surnommée la bactérie « mangeuse de chair ». Une formule alarmiste et maladroite : « Elles ne mangent pas directement la chair », corrige le chercheur. La bactérie peut en revanche se multiplier dans une plaie, entraîner une infection cutanée, puis « des nécroses très importantes » et, dans les cas les plus graves, une septicémie.
Selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments, la présence de Vibrio dans les fruits de mer devrait augmenter en Europe sous l'effet du changement climatique. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies alerte aussi sur un « risque accru d'infections à Vibrio tout au long de la saison estivale », en particulier lors des vagues de chaleur, indique Euronews. Certaines souches peuvent provoquer des gastro-entérites, mais aussi des infections graves, notamment après consommation de coquillages crus ou lorsqu'une plaie ouverte entre en contact avec une eau contaminée.
Le Vibrio bientôt sur les plages d'Occitanie ?
En Occitanie, la chaleur ne suffit pas à faire exploser le risque. « Aujourd'hui, pour notre littoral méditerranéen, il n'y a pas de risque Vibrio direct dans les conditions actuelles », tranche Patrick Monfort. La raison tient à la salinité. Ces bactéries sont surtout favorisées par des eaux chaudes et moins salées, comme les eaux saumâtres des estuaires ou de certaines lagunes. Or, sur le littoral occitan, « nos lagunes sont quand même assez salées », rappelle Patrick Monfort. C'est ce qui limite aujourd'hui leur développement. Le risque est donc, selon lui, « plus sur l'Atlantique que chez nous ».
Le chercheur identifie toutefois un point de vigilance : les épisodes très pluvieux. Lors de « gros orages » ou de crues, l'arrivée massive d'eau douce peut faire chuter rapidement la salinité dans les lagunes. « Et là, ça favorise les Vibrio », explique-t-il. Mais « c'est dans ces conditions très particulières ».
Un risque de prolifération d'autres bactéries ?
Les contrôles sanitaires classiques des eaux de baignade ne recherchent pas Vibrio vulnificus. Ils ciblent surtout Escherichia coli et les entérocoques, marqueurs de contamination fécale. Pour Patrick Monfort, ce n'est pas, à ce stade, un motif d'alarme : « Il ne faut pas mélanger le danger et le risque. Aujourd'hui, le risque est faible pour la bonne raison que le danger n'est pas très présent ». Donc inutile de s'affoler. Les profils d'eaux de baignade, diagnostics environnementaux obligatoires en Europe, servent à identifier l'origine des contaminations et à prévenir les fermetures si besoin. « Les baigneurs ne sont pas aujourd'hui menacés par des problèmes d'eau de mauvaise qualité », estime notre expert. Avant le Vibrio, rappelle-t-il, « le premier danger de la baignade, c'est la noyade ».



