Robots sous-marins de Villefranche-sur-Mer : 25 ans d'innovation océanographique
Robots sous-marins : 25 ans d'innovation à Villefranche-sur-Mer

Publicité Comment ces robots conçus à Villefranche-sur-Mer prennent le pouls de l’Océan De Villefranche-sur-Mer aux profondeurs, on vous raconte comment des robots conçus sur la Côte d’Azur ont révolutionné, en 25 ans, l’océanographie. Ils surveillent en temps réel l’état de santé de la planète bleue. Enregistrer Partager Sophie Casals (Journaliste) CRÉÉ LE 25 mai 2026 • 19:00 MIS À JOUR LE 25 mai 2026 • 19:00

Hervé Claustre, océanographe, directeur de recherche CNRS au Laboratoire d'Océanographie de Villefranche-sur-mer et Antoine Poteau, ingénieur de recherche devant la carte de l’Océan. (Photo Franck Fernandes) Franck Fernandes réservé aux abonnés Voir nos offres

Dans un bâtiment du laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer, de longues caisses en bois sont entreposées. À l’intérieur, des robots sous-marins d’observation attendent d’être expédiés à l’autre bout de la planète pour prendre le pouls de l’Océan. Sur un écran géant, Hervé Claustre, directeur de recherche (CNRS) et Antoine Poteau, ingénieur de recherche, affichent une mappemonde mouchetée d’une myriade de minuscules points verts. « C’est la localisation de tous les robots d’observation, » expliquent-ils. Une flotte de 500 engins sous-marins autonomes bardés de capteurs et déployés dans l’Océan mondial. Les deux hommes mesurent le chemin parcouru en 25 ans. Quand, au début des années 2000, ils mettaient au point les tout premiers instruments autonomes d’observation, dans un hangar de la darse.

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Température, chlorophylle, oxygène… que mesurent ces instruments ?

« Les équipes françaises ont développé la meilleure technologie au monde », souligne Hervé Claustre. Un motif de fierté pour l’océanographe aujourd’hui à la tête d’une équipe d’une quinzaine de personnes. Si en 2000, la première génération de robots collectait uniquement des données de température et de salinité de l’eau, aujourd’hui, de nouveaux capteurs ont été ajoutés pour mesurer la lumière, la chlorophylle, l’oxygène, les nitrates, le pH et les particules. « La chlorophylle est très surveillée car elle révèle la présence du phytoplancton, ces micro-organismes marins qui constituent la base de toutes les chaînes alimentaires dans l’Océan, détaille Hervé Claustre. Mesurer l’oxygène permet aussi de repérer les zones où le phytoplancton réalise la photosynthèse et d’identifier les régions menacées par la désoxygénation des océans. » Les nitrates, engrais indispensable au développement naturel du phytoplancton, sont aussi mesurés avec attention. Tandis que l’ajout d’un capteur de pH très précis donne des indications aux scientifiques sur l’acidification croissante de l’océan. « Les équipes ont aussi intégré un imageur de zooplancton miniaturisé et fixé directement sur les robots. » Toutes ces informations sont transmises par satellite, dès que le flotteur remonte à la surface. « Dans l’heure qui suit, on sait ce qui se passe depuis 2000 mètres de profondeur jusqu’à la surface. » Ainsi cette flotte mondiale renseigne-t-elle en quasi-temps réel sur l’état de santé de l’Océan.

Un bulletin de santé pour éclairer l’action des États

Hervé Claustre et Antoine Poteau, avec un robot d’observation, sur le port de la Darse de Villefranche-sur-Mer. (Photo Franck Fernandes) Franck Fernandes Les informations collectées par ces robots, dont la durée de vie est d’environ 5 ans, sont mises à la disposition de la communauté scientifique internationale. Mais pas seulement. Elles sont aussi utilisées par les acteurs de la gestion des pêches pour anticiper les déplacements des espèces liés au changement climatique. « Plus largement ces données sont essentielles pour guider l’action des États dans la gouvernance de l’Océan », souligne-t-il. D’ailleurs, elles ont servi à établir le premier baromètre de l’Océan, Starfish, dévoilé en juin dernier lors de la conférence des Nations Unies qui s’est tenue à Nice. Chaque année, le 8 juin, le centre expert Mercator Océan International publie, à l’attention des décideurs et du grand public, le bulletin de santé de l’Océan pour mesurer le chemin parcouru et les actions qu’il reste à mettre en œuvre. Un outil crucial d’aide à la prise de décision.

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« Ces données sont essentielles pour planifier et légitimer la création de futures aires marines protégées dans les eaux internationales. Cet immense espace qui représente près de la moitié de la surface terrestre requiert la mise en place d’une gouvernance internationale, » souligne Hervé Claustre. Sans ce socle scientifique, le risque est grand de voir la haute-mer devenir un espace de non-droit où « les ressources naturelles seraient inévitablement pillées par manque de connaissances », pointe le scientifique. Avant de souligner les défis à venir. Face au retrait budgétaire des États-Unis de Trump du programme de la flotte d’observation, l’Europe ainsi que le Japon vont devoir monter en puissance pour assurer la souveraineté et la pérennité du système d’observation.

L’Océan entre dans les classes

Pour permettre aux enseignants d’exploiter les observations des robots, le projet « Adopt a float » a été mis en place. « Le voyage scientifique du robot permet aussi aux élèves de mieux comprendre l’Océan et ses enjeux actuels et futurs. Ce programme s’est largement imposé comme une fenêtre ouverte pour amener l’Océan et les sciences océaniques en classe. » Plus d’une centaine d’établissements participent à ce programme qui s’exporte jusqu’au Costa Rica.

Visitez les coulisses du laboratoire ! Le Laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer (LOV) fête ses 25 ans. Pour célébrer cet événement, Nice-Matin, en partenariat avec le CNRS Côte d’Azur (Centre National de la Recherche Scientifique) vous propose de gagner une place pour découvrir les coulisses de ce lieu passionnant. Mercredi 1er juillet, pendant près de 2 heures, les scientifiques vous dévoileront les secrets de l’Océan. Ils vous raconteront comment ils s’emploient à repousser les limites de la connaissance. Dans notre édition du dimanche 7 juin, nous vous inviterons à participer à un quiz sur l’Océan. Celles et ceux qui obtiendront les meilleurs scores seront ensuite tirés au sort.

Le zooplancton : l’ensemble des organismes animaux de très petite taille, qui vivent en suspension dans l’eau.