Un collectif de chercheurs, gestionnaires et représentants d'ONG publie une tribune dans Libération pour appeler à une gestion forestière plus nuancée et adaptée aux enjeux du XXIe siècle. Alors que les forêts françaises couvrent 17 millions d'hectares, soit 31 % du territoire, leur avenir est menacé par le réchauffement climatique, les sécheresses à répétition et les attaques de parasites.
Une approche simpliste remise en cause
Les auteurs dénoncent une « vision binaire » qui oppose souvent les partisans d'une forêt « naturelle » à ceux d'une forêt « productive ». Selon eux, cette opposition stérilise le débat public et empêche de prendre des décisions éclairées. « La gestion forestière ne se résume pas à un choix entre coupe rase et protection intégrale », écrivent-ils. Ils plaident pour une approche « systémique » prenant en compte la diversité des écosystèmes, des usages et des attentes sociales.
La tribune rappelle que 75 % des forêts françaises sont privées, et que leur gestion est souvent fragmentée. Les propriétaires, souvent âgés et peu formés, peinent à anticiper les changements climatiques. « Il faut accompagner les propriétaires forestiers dans la transition, pas les stigmatiser », insiste le collectif.
Des solutions concrètes et diversifiées
Parmi les pistes avancées : favoriser la mixité des essences, allonger les rotations de coupe, maintenir des îlots de sénescence, et développer des filières locales de transformation du bois. Les auteurs soulignent que la forêt française ne stocke que 10 % des émissions annuelles de CO2 du pays, mais qu'elle pourrait jouer un rôle accru si elle est gérée durablement.
Ils appellent également à une meilleure prise en compte de la biodiversité. « Une forêt gérée peut abriter une grande diversité d'espèces, à condition de conserver des arbres morts, des clairières et des zones humides », expliquent-ils. Selon l'Office national des forêts (ONF), 40 % des espèces forestières dépendent du bois mort pour leur survie.
Un appel à la nuance et au dialogue
Le collectif conclut en invitant à « sortir des dogmes » et à engager un dialogue constructif entre tous les acteurs : scientifiques, gestionnaires, élus, associations et citoyens. « La forêt est un bien commun, sa gestion doit être transparente et participative », affirment-ils.



