Record de température en Méditerranée en avril : un signal alarmant pour l'été
Record de température en Méditerranée en avril : un signal alarmant

Le quatrième mois d'avril le plus chaud jamais enregistré, c'est ce que vient de connaître la mer Méditerranée, selon les données du Copernicus marine service dévoilées ce lundi 27 avril 2026. « En Méditerranée, la température moyenne de la surface de la mer s'est élevée à 17,16 °C. Presque tout le bassin a connu des valeurs supérieures à la moyenne », indique le programme de surveillance de l'Océan mondial de l'Union européenne. Bien anodines pour les non initiés, ces valeurs, qui s'ajoutent à des années 2025, 2023 et 2016 déjà records, sont pourtant des signaux d'alarme forts pour la communauté scientifique.

À l'instar de Jean-Pierre Gattuso, océanographe émérite et co-organisateur en juin 2025 du congrès scientifique ouvrant la Conférence des Nations Unies sur l'Océan à Nice (Unoc). « Nous sommes nombreux depuis plusieurs semaines à avoir les yeux rivés sur les mesures », confie cet expert internationalement reconnu, qui officie encore deux à trois jours par semaine au sein de l'Institut de la mer de Villefranche.

Quand la Méditerranée a de la fièvre

Postée à l'entrée de la rade villefranchoise, la station chargée de mesurer la température de surface de l'eau de mer affichait le 22 avril un 17,7 °C peu commun. « C'est légèrement plus élevé que les 17,4 °C de 2025 mais du jamais vu depuis 2013. C'est vraiment beaucoup ! », analyse le scientifique, bien conscient que cette réalité peut être difficilement compréhensible par le grand public. « On peut se dire que la mer n'est qu'à 1,5 degré au-dessus des normales saisonnières, que c'est bien peu. Ou penser, comme je l'ai beaucoup entendu l'été dernier : "Ça nous va bien que l'eau soit moins froide…". Or, c'est exactement comme pour le corps humain : quand il est à 37 °C, c'est parfait. À 39 °C, on n'est pas bien du tout… Or, on parle de 2 petits degrés d'écart. Pour les enjeux climatiques, c'est exactement pareil », illustre Jean-Pierre Gattuso.

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La mer comme boussole d'un été caniculaire ?

Une Méditerranée réchauffée au printemps augure-t-elle un été suffocant ? « Cela fait craindre le pire, en effet… », reconnaît l'océanographe, qui constate des valeurs élevées de l'eau de mer depuis le début de l'année 2026. Une mauvaise tendance qui pourrait encore s'emballer à cause du développement d'un épisode El Niño, « de plus en plus probable » à partir de la mi-2026, annonçait le vendredi 24 avril dernier l'Organisation météorologique mondiale (OMM). Car ce phénomène naturel, qui fait fluctuer fortement les températures du Pacifique, agit comme un effet papillon sur le climat planétaire, y compris chez nous. « En générant des températures élevées partout, sur l'ensemble de l'Océan mondial comme de l'atmosphère », indique Jean-Pierre Gattuso. S'il reste toutefois « impossible » de prodiguer des prévisions fiables à moyen terme, une chose est sûre : « quand on regarde les émissions de CO2 à l'échelle mondiale, il ne faut pas être devin pour dire qu'on s'achemine inéluctablement vers une accélération du réchauffement climatique », alerte le scientifique.

Une incidence sur la hausse du niveau de la mer

Dans les eaux de la Côte d'Azur, la flambée du mercure n'a, pour l'heure, pas d'impact sur la biodiversité. « Aux alentours de 18 °C, les organismes, les plantes sont capables de résister. Mais c'est en été que se verront les effets négatifs », prévient Jean-Pierre Gattuso. D'autant que des canicules marines particulièrement préoccupantes sont devenues légions sur nos rivages : « 29,1 °C en 2022, 29,8 °C en 2024, 28,8 °C en 2025… », égraine-t-il. « On commence à s'y faire mais il faut bien se rendre compte que c'est absolument ahurissant. »

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Moins connue encore, l'effet délétère de la hausse de la température marine sur la montée des eaux. Car plus elle est chaude, plus l'eau se dilate et donc voit son volume augmenter. « La moitié de l'élévation du niveau de la mer est due à ce phénomène », précise l'océanographe. Là encore, il s'agit de ne pas se faire piéger par des chiffres à première vue anodins. « Depuis 1990, la Méditerranée s'est élevée de 20 cm. Pour les gens, ce n'est pas tellement prégnant… Mais ce n'est pas du tout anodin. La route du bord de mer entre Villeneuve-Loubet et Antibes est déjà fréquemment inondée et fermée. Quand il y a du vent d'est, l'eau arrive jusqu'à la voie de chemin de fer. L'élévation du niveau de la mer va renforcer ces phénomènes d'inondations côtières. En 2050, on le sait, cet axe sera directement menacé. Avec les conséquences qu'on peut imaginer sur la circulation », éclaire Jean-Pierre Gattuso, qui rappelle que « chaque centimètre d'élévation compte ».

Un recul « réel » des politiques climatiques

Reste une question cruciale : comment aller au-delà de ce énième constat alarmant sur le plan du climat ? « En faisant des enjeux environnementaux et méditerranéens des sujets centraux… et apolitiques », martèle Jean-Pierre Gattuso, qui déplore « un réel recul », international mais aussi national et local. « On assiste en ce moment à des retours en arrière absolument incroyables, poussés par une fraction de la classe politique. Pourtant, c'est maintenant qu'il faudrait embarquer tout le monde », conclut l'océanographe. L'appel est lancé.