Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les émissions de méthane liées aux énergies fossiles restent à des niveaux très élevés, mais leur récupération pourrait offrir une solution à la crise énergétique actuelle. Dans son rapport annuel « Global Methane Tracker », publié lundi lors d'une réunion internationale à Paris dans le cadre de la présidence française du G7, l'AIE souligne que la capture de ce gaz gaspillé permettrait de fournir aux marchés 200 milliards de mètres cubes de gaz chaque année. Cela renforcerait la sécurité énergétique mise à l'épreuve par la guerre au Moyen-Orient. Bien que la mise en œuvre prenne du temps, l'AIE estime que 15 milliards de mètres cubes pourraient être libérés rapidement.
Des émissions record en 2025
En 2025, la production record des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) a été responsable de 35 % des émissions de méthane d'origine humaine, soit un total estimé à 124 millions de tonnes. Ce chiffre est en légère hausse par rapport à 2024 (121 Mt) et reste proche du record de 2019. Les émissions sont dominées par le pétrole (45 Mt), suivi du charbon (43 Mt) et du gaz (36 Mt). Malgré un engagement signé par une centaine de pays en 2021, dont ceux de l'Union européenne et les États-Unis, pour réduire le méthane, l'AIE constate qu'il n'y a « aucun signe que les émissions mondiales de méthane liées à l'énergie aient diminué en 2025 ».
Le méthane, un puissant gaz à effet de serre
Inodore et invisible, le méthane est le principal composant du gaz naturel. Il s'échappe notamment des gazoducs, des élevages de bovins et des décharges. Environ 580 millions de tonnes d'émissions sont rejetées chaque année dans le monde, dont 60 % imputables à l'activité humaine, l'agriculture en tête, suivie de l'énergie. Doté d'un pouvoir de réchauffement bien supérieur à celui du CO2, le méthane est responsable d'environ 30 % de la hausse de la température mondiale depuis la révolution industrielle. Cependant, sa durée de vie plus courte fait de sa réduction une opportunité pour des « bénéfices climatiques significatifs à court terme », rappelle l'AIE.
Des solutions peu coûteuses
Dans l'industrie pétrogazière, le méthane s'échappe par des fuites au niveau de vannes, de gazoducs, lors d'opérations de dégazage direct dans l'air ou de torchage inefficace. Des solutions éprouvées, comme la détection et la réparation des fuites ou l'arrêt du torchage, permettraient d'éviter 30 % des émissions provenant des activités liées aux combustibles fossiles, « à coût nul », le gaz capturé pouvant être revendu. L'AIE relève que la récupération de ce gaz gaspillé pourrait renforcer la sécurité énergétique en fournissant aux marchés 200 milliards de m3 de gaz annuellement, soit le double des flux transitant par le détroit d'Ormuz, verrouillé depuis le début de la guerre.
Des progrès insuffisants
La plupart des pays signataires du Global Methane Pledge n'ont pas encore pris de mesures concrètes. Les politiques actuelles ne diminueraient que de 20 % les émissions liées au pétrole et au gaz d'ici 2030, en deçà de l'objectif de -30 %. Environ 70 % des émissions de méthane du secteur fossile proviennent des 10 pays les plus émetteurs, la Chine en tête, suivie des États-Unis et de la Russie. La France souhaite que les entreprises s'engagent davantage sur cette question, a souligné la ministre de la Transition écologique Monique Barbut.
Néanmoins, l'AIE salue l'amélioration continue de la surveillance satellitaire, permettant d'identifier plus finement les épisodes de « super-émissions » et d'introduire des mesures correctives. L'intensité moyenne mondiale des émissions de la production pétrogazière a diminué d'environ 10 % depuis 2019, compensant la hausse de la production. La Norvège affiche l'intensité la plus faible, tandis que le Turkménistan et le Venezuela présentent les pires niveaux.



