Cigales et mantes remontent vers le nord : le réchauffement climatique bouge la carte du vivant
Cigales et mantes remontent vers le nord : le vivant bouge

Le chant des cigales, longtemps associé aux vacances dans le Midi, se fait désormais entendre bien plus au nord. Plusieurs espèces de cigales remontent progressivement vers le nord de la France à mesure que les étés deviennent plus chauds. Leur larve vit sous terre pendant des années et a besoin d'une chaleur suffisante pour permettre aux adultes d'émerger. Les observations naturalistes signalent désormais des populations jusque dans le Centre-Val-de-Loire, en Bourgogne-Franche-Comté ou en Île-de-France, où leurs chants étaient autrefois exceptionnels. Les chercheurs précisent toutefois que la météo ne suffit pas : il faut aussi des arbres et des sols favorables.

La mante religieuse avance aussi

Même histoire, plus silencieuse, chez la mante religieuse. Longtemps cantonnée au pourtour méditerranéen, elle est aujourd'hui bien implantée en Bourgogne-Franche-Comté, en Île-de-France et jusqu'en Normandie, où les observations se multiplient depuis plusieurs décennies. Une étude a modélisé son aire future : avec le réchauffement, les zones favorables progressent vers l'Europe centrale. Dans les scénarios chauds, certaines régions propices pourraient devenir moins accueillantes. L'espèce profite du réchauffement, mais pas sans limite. Sa conquête dépend des milieux ouverts, des haies et des proies.

Des gagnants provisoires

Cigales, mantes, criquets ou papillons méditerranéens racontent la même chose : le vivant se redistribue. Certaines espèces adaptées à la chaleur gagnent du terrain, tandis que d'autres, comme plusieurs papillons de montagne, dont l'Apollon (Parnassius apollo), ou des insectes des tourbières, voient leurs populations décliner lorsque leurs habitats se réchauffent ou s'assèchent. Le CNRS souligne que seules 59 % des migrations d'espèces observées suivent la direction attendue avec le réchauffement. Autrement dit, la hausse des températures ne produit pas mécaniquement des « gagnants » et des « perdants » : la réponse du vivant est bien plus complexe. Il recompose les voisinages. Une mante peut rencontrer de nouvelles proies, une cigale de nouveaux prédateurs. Ce qui est établi, c'est la remontée vers le nord de nombreuses espèces thermophiles. Ce qui fait encore débat, c'est la part du climat face à l'urbanisation, aux pratiques agricoles et à la fragmentation des habitats. Voir une cigale hors du Sud n'est donc pas une simple curiosité sonore : c'est un indice que la carte du vivant bouge déjà en France.

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