BarMar : le projet d'hydrogène vert entre Barcelone et Fos-sur-Mer en concertation
BarMar : l'hydrogène vert en débat à Midi Libre

Un dialogue direct autour de BarMar

Mercredi, dans les locaux de Midi Libre, un "face aux lecteurs" était consacré à la future canalisation sous-marine d'hydrogène renouvelable entre Barcelone et Fos-sur-Mer, au cœur du corridor européen H2med. Autour de la table : Manuel Bonnier, directeur des opérations BarMar ; François Dedieu, secrétaire général BarMar ; Gwendoline Chaudoir, maire de Portiragnes et présidente de l'agglomération Hérault Méditerranée ; et Christophe Manas, conseiller régional d'Occitanie. Face à eux, des lecteurs venus interroger ce projet, en concertation préalable du 6 mai au 12 juillet 2026 sous l'égide de la CNDP.

L'hydrogène, une réalité industrielle

François Dedieu a rappelé que l'hydrogène n'est pas une promesse abstraite : "L'Europe en consomme déjà 10 millions de tonnes pour les raffineries, les engrais ou la chimie. Mais cet hydrogène est aujourd'hui produit à partir d'énergies fossiles. L'un des premiers objectifs de BarMar est donc de remplacer cet hydrogène gris par de l'hydrogène renouvelable, fabriqué grâce à de l'électricité verte, puis acheminé par BarMar et l'ensemble du corridor H2med."

Le secrétaire général a insisté sur la destination de cette énergie : elle doit d'abord bénéficier à l'industrie française, en permettant aussi à des productions locales de se raccorder au corridor. Puis elle pourra alimenter des besoins européens, notamment allemands, dans la sidérurgie, la chimie, le raffinage ou l'ammoniaque. Il a également évoqué un débouché stratégique : combiné à du CO2 capté, l'hydrogène renouvelable peut permettre de produire des carburants de synthèse pour le maritime et l'aérien, réduisant ainsi la dépendance au pétrole.

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Un projet lancé en 2022

Manuel Bonnier est revenu sur la naissance du projet : "Le coup d'envoi remonte à 2022, au sommet d'Alicante, dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et les difficultés d'approvisionnement en gaz naturel. BarMar répond alors à deux enjeux : décarboner l'industrie et renforcer la souveraineté énergétique européenne. En 2024, le projet est identifié comme projet d'intérêt commun par l'Europe. Les opérateurs français et espagnols s'y engagent à 50-50 pour préparer ce maillon essentiel du couloir ouest européen de l'hydrogène renouvelable."

Sur le terrain, le directeur des opérations a détaillé la méthode : études géophysiques, analyse environnementale et dialogue avec les usages de la mer. "On rencontre les acteurs", a-t-il expliqué, qu'il s'agisse des institutions ou des usagers économiques. L'objectif est de définir un tracé compatible avec la nature des fonds, la biodiversité, les contraintes techniques et les activités présentes en Méditerranée.

La stratégie régionale

Christophe Manas a replacé BarMar dans la stratégie régionale. L'Occitanie, a-t-il rappelé, s'est engagée depuis dix ans dans une trajectoire de région à énergie positive. L'hydrogène s'inscrit dans ce cap : d'abord avec l'objectif de couvrir 50 % des besoins par des énergies vertes d'ici 2030, puis à l'horizon 2050, avec des investissements pouvant atteindre 2 milliards d'euros. Pour la Région, le projet participe donc d'une politique de transition énergétique et de structuration de filières nouvelles.

La sécurité en questions

Gwendoline Chaudoir a porté le regard des territoires littoraux. Maire de Portiragnes, présidente de l'agglomération Hérault Méditerranée, elle intervenait aussi au nom de l'Association nationale des élus du littoral. Elle a rappelé l'attention particulière des communes côtières à "ce qui s'implante devant nos façades littorales". Toutefois, BarMar est un projet en mer, éloigné des côtes et immergé, et les élus ont été associés, notamment dans le cadre du Parlement de la Mer. Pour elle, le projet relève d'un intérêt commun européen, au service de la souveraineté énergétique et d'une démarche écologique.

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La sécurité a ensuite occupé une place centrale. Manuel Bonnier la résume par une formule : "La sécurité n'est pas une option, c'est un engagement. Le premier principe est de contenir l'hydrogène dans la canalisation. Plusieurs niveaux de contrôle sont prévus lors de la fabrication, du soudage et de l'exploitation des tubes. Sur une durée de vie estimée à 40 ans, des appareils de mesure circuleront régulièrement dans la canalisation afin de vérifier son état."

La soirée s'est conclue par les questions des lecteurs, d'abord centrées sur la sécurité. Que se passerait-il en cas d'accident ? Manuel Bonnier a rappelé que la canalisation serait enterrée, en acier, avec un enrobage béton, et que les modélisations se poursuivent. En cas de relâchement, l'hydrogène serait dispersé dans un milieu marin qui en contient déjà naturellement.

Une autre question, posée par la collaboratrice du sénateur de l'Aude Sébastien Pla, a porté sur le lien entre BarMar et l'Occitanie. Si la Région a été motrice sur le modèle hydrogène, a-t-elle souligné, la connexion avec le territoire occitan n'apparaît pas toujours évidente. Elle a notamment cité le projet HySoW, jugé déterminant pour massifier la consommation et accompagner l'industrialisation régionale. François Dedieu a répondu en replaçant BarMar dans l'ensemble H2med : "Au-delà de BarMar, le premier logo est celui de H2med, a-t-il rappelé, en précisant que Teréga, porteur de HySoW, est représenté dans ce consortium. On travaille au quotidien ensemble pour synchroniser les calendriers, pour que tous les projets et toutes les connexions arrivent en même temps fin 2032 et soient capables d'alimenter l'Occitanie."

Geneviève Tapié, vice-présidente du Parlement de la Mer, a enfin élargi le débat à une série de préconisations : maintenir l'information des élus tout au long du projet, anticiper les besoins de formation liés aux nouveaux métiers maritimes et des énergies renouvelables, et ouvrir davantage ces filières aux femmes. Message entendu.

En quoi consiste ce projet entre l'Espagne et la France ?

Relier Barcelone à Fos-sur-Mer par 400 km de canalisation sous-marine : c'est l'objectif de BarMar, l'un des grands projets du corridor européen H2med, pour transporter de l'hydrogène renouvelable depuis la péninsule ibérique vers la France et les industriels du nord de l'Europe. BarMar est une canalisation posée en mer qui doit relier l'Espagne à la plateforme industrielle de Fos-sur-Mer, près de Marseille, puis se brancher au futur réseau français de transport d'hydrogène. L'enjeu n'est pas de produire l'hydrogène, mais de l'acheminer : le faire circuler depuis les zones où il pourra être fabriqué grâce au solaire et à l'éolien portugais et espagnols, vers les bassins industriels demandeurs.

Aujourd'hui, l'hydrogène sert déjà aux engrais, au raffinage, à la chimie, aux plastiques ou aux fibres synthétiques. Mais il reste très carboné : 95 % de l'hydrogène est d'origine fossile et produire une tonne émet environ 11,1 tonnes de CO2. L'hydrogène renouvelable, obtenu par électrolyse de l'eau avec de l'électricité verte, peut émettre jusqu'à 20 fois moins de CO2. Il est donc vu comme un outil pour décarboner l'industrie lourde, l'acier, les carburants durables ou la mobilité lourde.

BarMar doit transporter jusqu'à 2 millions de tonnes d'hydrogène par an. Le tuyau aura un diamètre de 42 pouces, fonctionnera jusqu'à 100 bars de pression et pourra descendre jusqu'à 120 mètres de profondeur. Son budget est estimé à 2,135 milliards d'euros, avec une mise en service visée en 2032. Reconnu Projet d'intérêt commun européen, il fait l'objet d'études poussées et d'une concertation qui se déroule actuellement. Le tracé doit être précisé dans un fuseau de 1 à 20 km de large, en tenant compte de la biodiversité, des fonds instables, des pentes et des usages économiques. Selon les zones, la canalisation pourra être enfouie dans les fonds meubles ou protégée par enrochement. BarMar n'est donc pas seulement un tuyau : c'est une pièce de la future carte énergétique européenne.