Le développement du réseau de distribution d'hydrogène va permettre de développer la décarbonation des mobilités lourdes. C'est dans cette optique qu'est né le projet BarMar, un hydrogénoduc offshore de 400 kilomètres qui reliera Barcelone, en Catalogne, à la plateforme industrielle de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône. Ce projet traversera ensuite, en deux tracés distincts, le Gard, l'Hérault et l'Aude.
Un corridor majeur pour l'exportation d'hydrogène
L'objectif de ce projet est de créer un corridor majeur pour l'exportation d'hydrogène produit au Portugal et en Espagne à partir de sources d'énergie renouvelable, essentiellement solaire et éolienne, à des coûts compétitifs. Cet hydrogène sera acheminé vers le réseau français, lui-même connecté à l'infrastructure en cours de développement en Allemagne et dans le reste de l'Europe du Nord-Ouest.
Le projet est porté par trois groupes : l'opérateur espagnol historique Enagas et les deux groupes français Teréga et NaTran, gestionnaires de réseau de transport de gaz. Enagas aura pour tâche de développer le réseau entre Cruzy (Aude) vers la Nouvelle-Aquitaine, avec un prolongement de quelques dizaines de kilomètres vers Port-la-Nouvelle. Teréga et NaTran s'occuperont du tronçon entre Fos-sur-Mer et Cruzy, en passant par le Gard.
Des avantages pour les producteurs et consommateurs
Manuel Bonnier, directeur des opérations de la société BarMar, explique : "À partir du moment où l'on met en place un réseau, cela va permettre aux producteurs d'hydrogène et aux consommateurs, notamment les industriels, de se raccorder, pour les uns, et de sécuriser, pour les autres, leurs approvisionnements."
Olivier Astruc, du cabinet indépendant Feneca Conseil, qui accompagne l'association des industriels H2AI, insiste sur l'importance de ce projet pour le territoire : "On aura accès à de l'hydrogène à travers les pipelines. Cela permet de diminuer les coûts de transport, le coût final pour l'utilisateur et d'avoir accès à des volumes auxquels on n'aurait pas accès avec de la production distribuée." Il ajoute que "l'hydrogène va amener des réponses là où l'électricité n'en amènera pas, notamment en mobilités sur des besoins de puissance et de recharge rapide et en industrie en décarbonation."
Un renforcement de la souveraineté énergétique
Alexandre Malavielle, fondateur du cabinet Territoires Alternatifs à Castelnau-le-Lez (Hérault), estime que "cela permettra aussi aux sous-réseaux de BarMar, de NaTran et Teréga, mais aussi aux collectivités, aux territoires, aux énergéticiens, de pouvoir mettre en place des électrolyseurs locaux qui pourront produire pour leur territoire, mais également, lors de surproductions, de réinjecter dans le réseau." Il ajoute que cela "sécurisera la production locale d'hydrogène, renforcera la souveraineté énergétique des territoires et apportera un vrai mix énergétique."
L'Occitanie, bénéficiaire clé du projet
La région Occitanie bénéficie aujourd'hui de cet ambitieux projet à dimension européenne. Olivier Astruc précise : "Dans sa première phase, on s'est bagarré pour prévoir la possibilité de connexion directement avec Port-la-Nouvelle, où se trouve une importante usine de production d'hydrogène engagée par Qair. Cela a été abandonné pour une question de coûts et techniques. Mais nous avons pu ensuite bénéficier d'une extension. Il n'était pas concevable que le réseau arrivant à Fos remonte uniquement le couloir rhodanien pour aller en Allemagne."
Marie-Claire Aoun, directrice stratégie et relations institutionnelles de Teréga, complète : "Il était important que l'Occitanie soit raccordée au réseau dans la mesure où il y a beaucoup de production d'hydrogène sur le territoire. Le projet a permis de déclencher des investissements massifs qui n'auraient pas pu se faire avec la seule implantation de l'usine d'hydrogène de Port-la-Nouvelle." Elle insiste sur le fait que "l'hydrogène est aujourd'hui un pilier de la décarbonation des industries et des mobilités lourdes."
Et si les besoins en hydrogène ne sont pas encore très importants, le réseau va permettre de devenir "un exutoire pour la production régionale excédentaire, en l'exportant vers d'autres marchés en France ou en Allemagne où la demande est vraiment importante."



