Ce mardi 24 juin, la proposition de loi de programmation énergétique sera soumise à un vote solennel à l'Assemblée nationale, dans un contexte général de recul apparent des politiques écologiques en France et en Europe. Plusieurs initiatives récentes illustrent cette tendance : des "gueux" menés par Alexandre Jardin ont fait plier le gouvernement sur les Zones à faible émission (ZFE), la proposition de loi de programmation énergétique prévoit un moratoire sur tout nouveau projet éolien ou solaire, la remise en cause du "zéro artificialisation nette" est engagée, les normes environnementales dans l'agriculture sont assouplies, et en Occitanie, le chantier de l'autoroute A69 a redémarré.
Une baisse significative du budget écologie
Ces décisions sont perçues comme un recul par les défenseurs de l'environnement. En France, la loi de finances 2025 du gouvernement Bayrou a réduit de 14 % le budget alloué à l'écologie. À Bruxelles, l'Union européenne a changé de cap sur les politiques agroalimentaires, s'éloignant des objectifs du Green New Deal porté par Ursula von der Leyen lors de son premier mandat. En mai 2024, 140 organisations non gouvernementales (dont Greenpeace, les Amis de la Terre, Oxfam) avaient dénoncé "l'assouplissement des conditions environnementales pour l'octroi des subventions agricoles de la Politique agricole commune".
Un vent de fronde populaire
Ces modifications ont été qualifiées de "tentative opportuniste" à l'approche des élections européennes de juin 2024. Dans l'ensemble des pays membres de l'UE, les partis politiques (hors écologistes) semblaient tétanisés face aux enjeux environnementaux, alors que quelques mois plus tôt, un mouvement de colère des agriculteurs avait pris une ampleur inattendue en France, Pologne, Espagne et Allemagne. Ce vent de fronde fait suite à d'autres mouvements spontanés, comme les "bonnets rouges" et les "gilets jaunes", nés souvent d'un ras-le-bol face à diverses contraintes environnementales (taxe poids lourds, limitation de la vitesse sur les routes départementales, etc.).
L'écologie perçue comme une punition
Le politologue montpelliérain Michel Crespy analyse ce phénomène : "L'écologie a tellement été présentée comme une punition, une nécessité désagréable, un recul du mode et du niveau de vie, le tout imposé d'en haut, de façon autoritaire, par lois et décrets, sans assentiment de la population, que beaucoup, dans les catégories populaires notamment, ont refusé l'obstacle. Les politiques ont eu une remontée de ces ressentis depuis le terrain, notamment en province, dans la ruralité. Le Rassemblement national a exploité cette veine-là, et la droite a embrayé pour ne pas être dépassée."
Fin du mois contre fin du monde
Ce constat s'est vérifié lors des débats de la semaine dernière à l'Assemblée nationale sur la proposition de loi de programmation énergétique. Michel Crespy ajoute : "L'écologie anxiogène est rejetée. Le côté fin du mois contre fin du monde joue, bien sûr. Et je pense que les écologistes ont perdu la sympathie qu'ils avaient dans l'opinion en se rapprochant de La France insoumise sur des thématiques qui ne sont absolument pas écologiques."
Reste à savoir comment ce renversement de perspective se traduira lors des prochaines élections municipales. Les écologistes avaient conquis de nombreuses villes en 2020, avant de subir un lourd revers aux européennes de 2024.



