Feuille de route climatique : l'électrification ne peut pas tout résoudre
Dans une tribune publiée le 13 avril 2026, l'économiste Christian de Perthuis, auteur de « Carbone fossile, carbone vivant » (Gallimard, 2026), critique vivement la présentation par le Premier ministre Sébastien Lecornu des mesures en faveur de l'électrification des usages. Lors de son intervention du 10 avril, le chef du gouvernement a mis en avant les arguments de souveraineté et de pouvoir d'achat, tout en passant sous silence les objectifs climatiques essentiels. Cette approche, selon l'expert, ne permet pas de répondre aux exigences de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3), qui vise une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030.
Un oubli préoccupant des enjeux climatiques
Christian de Perthuis souligne que le Premier ministre disposait pourtant d'un fonds documentaire de premier ordre, incluant la publication récente de la SNBC-3 et le baromètre du Citepa sur les émissions de 2025. L'objectif climatique est de ramener les émissions à 279 millions de tonnes d'équivalent CO2 en 2030, une cible réévaluée pour respecter l'engagement européen d'une baisse de 55 % des émissions entre 1990 et 2030. Cependant, la tendance actuelle de baisse de 2 % par an depuis 2005 conduirait à des émissions de 335 Mt en 2030, soit un excédent de 56 Mt. Pour atteindre le nouvel objectif, il faudrait accélérer le rythme à plus de 5 % de baisse annuelle entre 2025 et 2030, un défi que l'électrification seule ne peut relever.
Les limites de l'électrification dans les secteurs clés
Le levier de l'électrification joue principalement dans trois secteurs – transport, usage des bâtiments et industrie – qui totalisent les deux tiers des émissions nationales. Dans le transport, les émissions suivent une baisse tendancielle de 1,5 % par an, mais pour atteindre la cible de la SNBC-3, il faudrait passer à près de -6 % annuels d'ici 2030. Les mesures annoncées, comme le leasing social pour les véhicules électriques, vont probablement accélérer les ventes, mais la majorité du parc restera thermique en 2030. Sans actions drastiques sur la sobriété des usages et le développement des mobilités partagées, l'électrification ne suffira pas.
Pour l'usage des bâtiments, après des années décevantes en matière de rénovation thermique, il faudrait désormais réduire les émissions de près de 8 % par an. Même avec une diffusion rapide des pompes à chaleur, cela nécessite également des économies massives d'énergie dans les logements et bâtiments tertiaires. Enfin, dans l'industrie, qui utilise encore massivement les énergies fossiles, la baisse de 3,5 % des émissions en 2025 reflète surtout un ralentissement d'activité. L'intervention du Premier ministre n'a pas précisé les moyens d'accélérer l'électrification industrielle, pourtant cruciale pour la compétitivité et la souveraineté économique.
Un recul inquiétant des dirigeants
Les « oublis » de Sébastien Lecornu, selon Christian de Perthuis, ne sont pas innocents et marquent un recul des dirigeants qui semblent avoir renoncé à respecter la feuille de route climatique. En se focalisant uniquement sur l'électrification sans intégrer la sobriété énergétique et les changements de comportement, le gouvernement risque de manquer ses objectifs environnementaux. L'économiste appelle à une mobilisation plus large, combinant électrification, sobriété et investissements industriels, pour véritablement lutter contre le changement climatique et atteindre les cibles fixées par l'Europe.



