La prédiction de Nils Gilman se réalise : la guerre froide écologique est engagée
En septembre dernier, le futurologue et historien Nils Gilman anticipait dans nos colonnes l'émergence d'une nouvelle "guerre froide écologique". Ce conflit mondial devait opposer un axe des "pétro-États", mené par les États-Unis de Donald Trump, à un autre rassemblant les nations engagées dans la transition vers les énergies vertes, avec la Chine en figure de proue. À peine huit mois plus tard, l'expert spécialiste de la guerre froide assure que ses prédictions se confirment déjà de manière tangible.
Des événements géopolitiques qui valident la thèse
Nils Gilman détaille son diagnostic auprès de L'Express, pointant plusieurs développements récents qui accentuent la fracture mondiale. "Au cours des six derniers mois, plusieurs événements ont considérablement creusé le fossé entre les 'électro-États' verts, comme la Chine, et les 'pétro-États' bruns, menés par les États-Unis de Donald Trump", explique-t-il. Il cite notamment l'évincement du leadership vénézuélien par Washington en janvier, une manœuvre interprétée comme visant à faciliter l'acheminement du pétrole depuis le pays aux plus grandes réserves de l'hémisphère occidental.
Deux mois plus tard, l'administration Trump lançait une guerre de grande ampleur contre l'Iran. Pour Gilman, ces interventions géopolitiques s'inscrivent dans une stratégie plus large : "Les États-Unis tentent, en partie, d'aligner géopolitiquement les pays producteurs de pétrole, idéologiquement rebelles, sur le reste de la coalition des États producteurs de pétrole dirigée par les États-Unis, alors qu'ils intensifient leur guerre froide contre la Chine".
La fin de l'ordre libéral et le rôle crucial des puissances moyennes
Ces développements n'ont pas échappé aux observateurs internationaux. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, déclarait récemment à Davos que l'ancien ordre international libéral était mort, laissant place à un nouvel ordre mondial post-libéral. Dans ce contexte, il a souligné la pression particulière qui pourrait s'exercer sur les "puissances moyennes", comme le Canada ou la France.
Nils Gilman abonde dans ce sens et va même plus loin dans son analyse. "Je suis d'accord avec lui, et j'irais même plus loin. À mon sens, ce sont ces puissances moyennes qui détermineront si ce sont les États pétroliers ou les États verts qui remporteront cette guerre froide écologique", affirme-t-il avec conviction. Selon lui, ces nations, dont la France fait partie, disposent d'une influence décisive pour arbitrer ce conflit planétaire.
Une fracture mondiale qui se substitue aux anciens clivages
Lors d'un précédent échange, Nils Gilman expliquait que la ligne de fracture principale divisant le monde ne se situait plus entre démocraties et autocraties, mais bien entre les pays engagés dans la transition écologique et les pétro-États. Cette vision semble aujourd'hui se matérialiser à travers les tensions géopolitiques observées.
Le futurologue insiste sur le caractère déjà opérationnel de cette nouvelle guerre froide. "Vous êtes désormais convaincu que celle-ci est déjà en train de se produire", lui fait-on remarquer. Sa réponse est sans équivoque : les événements récents confirment que la bataille pour l'avenir énergétique de la planète est bel et bien engagée, avec des implications stratégiques majeures pour l'ensemble de la communauté internationale.
Dans ce conflit naissant, la position des puissances moyennes apparaît donc comme un élément déterminant. Leur capacité à influencer les équilibres mondiaux, leurs choix politiques en matière énergétique et leurs alliances diplomatiques pourraient bien décider de l'issue de cette guerre froide écologique dont les contours se précisent mois après mois.



