Écologie politique : le procès permanent contre l'agriculture française
Écologie politique : le procès contre l'agriculture

Que deviendront les politiciens de l’écologie le jour où ils auront fait disparaître l’agriculture ? La question peut surprendre, mais elle emprunte pourtant à une certaine logique si l’on considère l’énergie déployée par les environnementalistes pour stigmatiser, condamner, entraver, faire interdire certaines pratiques et, de facto, entraîner le déclin du modèle agricole français.

Lequel, de surcroît, n’a pas attendu l’avènement de quelques donneurs de leçons pour s’adapter et se remettre en question. À qui ceux qui semblent avoir le monopole de la défense du climat, de l’alimentation et de tout ce qui concerne notre quotidien vont-ils s’en prendre quand le dernier agriculteur, accablé de contraintes, aura envoyé valser par-dessus les moulins son métier, son exploitation et un savoir-faire transmis de générations en générations ?

L’agriculteur devenu coupable idéal

Cet agriculteur dogmatiquement désigné par la pensée verdoyante comme étant le pollueur idoine, le producteur glouton, l’empoisonneur de faction. Cet agriculteur dont la profession est probablement la seule, du moins dans ces proportions-là, à être systématiquement ciblée dans les arènes politiques et médiatiques par des impétrants qui n’ont, pour la plupart, jamais mis une botte dans un champ. Mais savent tous, a priori, comment le cultiver.

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De toutes les nuisances dont le monde paysan est victime, au-delà des tempêtes, des inondations, des grêles dévastatrices, des maladies qui emportent cultures et troupeaux, des prédations et des dettes qu’il faut acquitter quand le sort s’acharne, le discours de ceux qui veulent lui apprendre à travailler est désormais le plus redoutable, le plus compliqué à surmonter.

Un procès permanent contre le monde agricole

Quel autre métier est ainsi exposé à la vindicte publique, aux leçons de morale, aux ingérences tous azimuts, au ton professoral d’agronomes autoproclamés, aux préceptes d’experts en irrigation, en fertilisation, en pastoralisme, en gestion du foncier, en élagage des haies, et même en élevage de « carcasses d’animaux » comme vient de le décréter la députée écologiste Sandrine Rousseau à propos de l’entrecôte qu’il faudrait, selon elle, rebaptiser ?

Quel fonctionnaire, tous secteurs confondus, accepterait pareil procès, pareils amalgames, pareilles comparutions permanentes où, jeté en pâture, il serait implicitement tenu pour responsable de la dette publique ? Quel médecin accepterait d’être reconnu coupable du déficit accumulé dans les caisses de la Sécurité sociale ? Quel constructeur automobile endosserait, sans broncher, la responsabilité des accidents routiers ? Quel restaurateur (étoilé ou non) autoriserait la moindre remarque sur la composition du menu et l’origine de ses préparations ? Quel artisan assumerait, sans riposter, les attaques selon lesquelles il serait responsable du réchauffement de la planète car il installe des climatisations ?…

Et pourtant, le monde paysan en est là, avec Aymeric Caron qui préconise la diminution de 85 % d’animaux d’élevage pour lutter contre le réchauffement climatique, avec Marie Toussaint qui s’en prend aux engrais, avec Benoît Biteau qui s’en prend aux retenues d’eau, avec Marine Tondelier qui n’hésite pas à établir un lien entre l’utilisation de produits phytosanitaires et les cancers pédiatriques.

Avec Dominique Voynet, enfin et entre autres, quand l’ancienne ministre de l’Environnement réputée pour avoir contribué au sabordage du nucléaire français, déclarait le 6 mai dernier, lors de l’examen en première lecture du projet de Loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole : « Si je suis un acheteur public à Toulouse, je préfère de beaucoup que ma viande vienne d’Espagne, avec les mêmes standards de qualité qu’en France, plutôt qu’elle vienne du nord de la France. »

Quand l’écologie politique cible l’agriculture

En cause, bien sûr, l’empreinte carbone et le transport, avec un message extrêmement maladroit qui n’est pas de nature, à l’heure où notre pays dégringole sur la balance du commerce extérieur, à atténuer les relations entre écologistes et agriculteurs.

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La liste est longue et non exhaustive concernant l’incurie qui condamne notre productivité et affaiblit notre compétitivité, lorsque les écologistes veulent, entre autres inepties, calibrer la taille des exploitations et celle des élevages. Alors que, partout dans le monde, pour répondre aux besoins alimentaires d’une population mondiale devant dépasser 9 milliards d’individus à l’horizon 2050, les pays anticipent et encouragent le développement de leur agriculture.

Avec des mots, avec des formules, avec des déclarations médiatisées inventées au saut du lit ou griffonnées sur une nappe en papier dans l’entre-soi de quelques cercles autorisés, les écologistes, jour après jour, abîment notre agriculture. Ils abîment ce fleuron français qui caracolait en tête du challenge alimentaire international voici encore quelques années. Ceux qui, en 2024, ont décrété l’agriculture « Grande cause nationale » seraient bien inspirés de le leur rappeler !