Alors que la France redoute une troisième vague de forte chaleur, avec 38°C annoncés ce dimanche à Montpellier, 37°C à Béziers et 36°C à Nîmes, les alertes se multiplient sur l'impact des phénomènes météo hors normes sur la santé. Dans un contexte de crise sanitaire, la question de l'adaptation du système de santé devient cruciale.
Des hôpitaux climatisés mais sous pression
Bruno Lehodey, urgentiste au CHU de Montpellier, témoigne d'une activité soutenue : 180 passages par jour pour 1 800 appels quotidiens au Samu. Malgré des malaises de chaleur bénins et des déshydratations occasionnant des surdosages médicamenteux, le médecin reste serein. Les urgences de l'hôpital Lapeyronie sont climatisées et les lits d'aval ne font pas défaut pour l'instant.
Mais la situation pourrait se dégrader. La Fédération hospitalière de France (FHF) alerte sur les limites de la climatisation. Rudy Chouvel, chargé de mission sur la transition écologique, explique : "Climatiser un bâtiment avec des verrières, c'est comme vivre dans une pièce avec le frigo ouvert. C'est une solution immédiate, pas la solution miracle." La FHF préconise d'abord des investissements dans l'isolation, les stores occultants, les brise-soleil, les brasseurs d'air et la végétalisation.
Des infrastructures vieillissantes et un manque de données
Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF, souligne que "59,5% du bâti hospitalier public est considéré comme vétuste". Elle ajoute : "Nos hôpitaux sont adaptés au climat des années 80, pas à celui de 2026, encore moins à celui de 2050." La FHF déplore l'absence de données sur la présence de climatisation dans les hôpitaux et les contraintes techniques et sanitaires liées à son installation.
À la clinique du Millénaire à Montpellier, le Dr Raphaëlle Aujard, urgentiste et co-présidente de la Commission médicale d'établissement, constate une augmentation des passages aux urgences : "On a vu monter le nombre de passages, avec des personnes âgées déshydratées mais aussi pas mal de jeunes, des sportifs qui font un coup de chaud." Le service, climatisé, est silencieux à 13h, mais tous les box sont occupés et la salle d'attente pleine. Chaque jour, 90 personnes y passent.
Des conséquences déjà visibles et chiffrées
Selon Santé publique France, la canicule de mai a entraîné une surmortalité de 300 décès, et celle du 22 au 28 juin un excès supplémentaire de 2 000 morts. Une enquête flash de la FHF du 20 au 28 juin montre une "très forte hausse des appels au Samu" : +10% à +75% selon les territoires, et une hausse de +6% de l'activité des urgences, avec des pics à +20% pour un tiers des établissements sollicités.
Zaynab Riet rappelle que "les plus fragiles sont en première ligne, qu'ils soient affaiblis par l'âge et la perte d'autonomie, par une maladie chronique, une insuffisance cardiaque, une pathologie psychiatrique".
Des investissements colossaux nécessaires
L'ONG Oxfam a chiffré à 6,5 milliards d'euros par an le budget nécessaire pour adapter le système de santé au changement climatique. La FHF précise : "Il faudrait investir 7 à 9 milliards par an dans l'hospitalisation publique, dont 1 à 2,5 milliards pour le changement climatique." Mais les hôpitaux publics cumulent 2,7 milliards d'euros de déficit, ce qui rend ces investissements difficiles.
La FHF alerte : "S'il n'y a pas de plan massif d'investissement, nous sommes dans l'incapacité de nous adapter aux enjeux du changement climatique." En 2024, l'Igas évoquait la nécessité d'investir "un à deux milliards et demi par an d'ici 2050", à ajouter aux investissements du Ségur de la santé.
Un appel à un plan "grand chaud"
Cécile Duflot, présidente d'Oxfam, appelle à la rédaction d'un "plan grand chaud qui serait l'équivalent du plan grand froid". La FHF propose de "rénover, isoler, végétaliser" et de commencer par faire "un diagnostic national de vulnérabilité face au réchauffement climatique" et ses conséquences, qu'il s'agisse de canicules ou d'inondations.
Rudy Chouvel rappelle que l'adaptation au changement climatique ne se limite pas aux fortes chaleurs : "Des établissements sont en zone inondable, ont des diagnostics connus. La canicule met le sujet sur le tapis de façon assez brutale, c'est l'occasion d'en reparler, mais cela fait des années que ça nous préoccupe."



