Un G7 Environnement en France pour un bilan contrasté de la politique écologique
Emmanuel Macron a annoncé la tenue d'un G7 Environnement en France ce jeudi et vendredi, une réunion internationale qui intervient à un moment charnière pour évaluer l'action écologique du président français. Entre une baisse insuffisante des gaz à effet de serre et une souveraineté agricole loin d'être atteinte, le bilan réel apparaît en demi-teinte, mêlant avancées significatives et reculs préoccupants.
Une décarbonation jugée trop lente malgré des progrès énergétiques
La loi « Hulot » de 2017 a acté la fin de l'exploration et de l'exploitation des hydrocarbures d'ici 2040, ainsi que la fermeture des dernières centrales à charbon en France. La part des énergies renouvelables dans la production énergétique a progressé de 10,9 % en 2018 à 15,8 % en 2024 selon les statistiques gouvernementales. La récente Politique pluriannuelle de l'énergie vise à passer de 60 % d'énergies fossiles à 60 % d'énergie décarbonée d'ici 2030.
Cependant, le gestionnaire du réseau RTE estime que la France s'inscrit dans une trajectoire de décarbonation « lente » qui ne lui permet pas d'atteindre ses objectifs climatiques ambitieux.
Le rythme de baisse des émissions de GES qui marque le pas
De 2017 à 2024, les émissions de gaz à effet de serre ont chuté d'environ 20 % selon le gouvernement. Mais comme dans d'autres pays développés, le rythme de baisse marque le pas : -1,5 % en 2025 contre -6,8 % en 2023, alors que la stratégie climatique française ambitionne une baisse d'environ 4 % par an pour 2024-2028.
Les polluants atmosphériques ont fortement diminué depuis un quart de siècle, mais la loi de simplification de la vie économique votée la semaine dernière a supprimé les Zones à faibles émissions, ce qui pourrait nuire à la qualité de l'air dans les grandes villes.
Plastiques et polluants éternels : des progrès insuffisants
Les lois EGalim et Agec ont interdit certains ustensiles plastiques à usage unique. Malgré cela, la mise sur le marché de plastiques à usage unique a augmenté de 3,3 % de 2018 à 2021. La France est encore loin de son objectif de 40 % de taux de recyclage du plastique en 2024.
Concernant la lutte contre les polluants éternels (PFAS), malgré le vote en 2025 d'une loi visant à restreindre leurs usages, le décret d'application pour taxer les industriels pollueurs n'est toujours pas publié.
L'objectif « Zéro Artificialisation Nette » sérieusement compromis
L'objectif « Zéro Artificialisation Nette » à l'horizon 2050, introduit en 2018 et renforcé par la loi Climat et Résilience de 2021, a subi d'importants revers. La loi de simplification de la vie économique pourrait permettre de « bétoniser 25 000 hectares », a déploré la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut.
Transport et mobilité : des avancées inégales
La part des achats de véhicules électriques neufs a atteint un niveau historiquement haut en France en janvier, captant 28 % du marché, alors qu'elle représentait à peine plus de 1 % en 2017. Ce résultat découle des dispositifs d'incitation déployés par les autorités.
À l'automne 2018, le mouvement des Gilets jaunes a mis fin à la tentative du gouvernement d'imposer une hausse de taxe sur le carburant, plombant durablement les débats sur la fiscalité écologique.
Dans l'aérien, l'interdiction des vols intérieurs courts de moins de 2 heures a été mise en place en 2023, mais ne concerne que trois lignes, avec un impact minime sur les émissions globales du secteur.
Rénovation énergétique : un chantier colossal en cours
MaPrimeRénov', créée en 2020 et co-financée par l'Union européenne, a aidé à rénover près de 2,8 millions de logements sur quelque 38 millions en France, pour environ 17 milliards d'euros de subventions.
Toutefois, le dispositif connaît beaucoup d'évolutions en cinq ans, dont une baisse de budget d'un milliard d'euros en 2025, qui compliquent sa mise en œuvre. Seuls 6 % des logements sont classés A ou B, c'est-à-dire suffisamment économes en énergie, alors que l'Ademe vise 80 à 90 % d'ici 2050.
Agriculture : la souveraineté toujours en attente
Les promesses de 2017 de sortie du glyphosate ou de montée en gamme dans le bio n'ont pas été tenues. Après la crise sanitaire liée au Covid puis la guerre en Ukraine en 2022, la notion de « souveraineté agricole et alimentaire » prend le pas.
Depuis 2017, la consommation de pesticides, notamment les plus toxiques, ou d'engrais minéraux a continué à diminuer, mais la décision du gouvernement en 2024 de changer d'indicateur pour mesurer leur usage scandalise les organisations environnementales.
La loi d'urgence agricole, qui sera débattue à partir de mai à l'Assemblée, reprend les demandes du syndicat agricole majoritaire FNSEA concernant le loup et surtout la construction facilitée d'ouvrages de stockage de l'eau.
Ce bilan environnemental contrasté d'Emmanuel Macron, entre avancées réelles et reculs significatifs, fournira un contexte crucial pour les discussions du G7 Environnement qui s'ouvre en France cette semaine.



