Canicule : vagues de chaleur précoces et longues inquiètent les météorologues
Vagues de chaleur précoces : l'alerte des météorologues

Une canicule hors norme frappe la France

Il fait chaud, très chaud. Alors que le mois de juin s'achève à peine, le mercure s'affole. Les records de chaleur tombent, les nuits deviennent tropicales et la Méditerranée se réchauffe comme en pleine saison estivale. La vague de chaleur qui touche le pays et la région depuis le jeudi 19 juin se poursuit. Le point culminant de ces très fortes chaleurs sera atteint lundi et mardi prochains, avec des températures de 40 °C autour de l'arc méditerranéen. Et ce n'est pas fini.

Des températures records attendues

Lundi s'annonce comme une journée extrêmement chaude, parmi les plus intenses du mois de juin, avec des pointes à 40 degrés localement. La vigilance rouge canicule n'est pas activée, car celle-ci ne peut être déclenchée que par la durée et la couverture géographique du phénomène, ainsi que ses risques sanitaires. "Mais la canicule que nous traversons représente un risque sérieux, pouvant aller jusqu'à la mort", indique Alain Dabas du Centre national de recherches météorologiques à Toulouse.

Des nuits tropicales et des records

En nombre de nuits tropicales, c'est-à-dire avec des températures supérieures à 20 degrés, les grandes villes de la région vont battre des records. Celui de Montpellier date de 2017, et ceux de Nîmes et Narbonne de 2003, avec 12 nuits enregistrées chacune, rapporte Météo France Sud-Est. Ce sera donc plus. À deux jours du mois de juillet, ce mois complètement fou est loin d'être terminé, du moins du point de vue météorologique. En nombre de jours chauds, supérieurs à 35 degrés en juin, Montpellier va franchir le seuil historique de 12 jours, atteint en 2003.

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La 50e vague de chaleur depuis 1947

Le 19 juin 2025 a marqué le point de départ de la 50e vague de chaleur recensée par Météo France depuis 1947, caractérisée par sa précocité et sa durée. Le premier pic a eu lieu le 21 juin avec des pointes à 38 degrés en Occitanie. La barre symbolique des 40 degrés a été franchie pour la première fois de l'année le 24 juin à Moulès-et-Baucels, dans l'Hérault. Le 25 juin, plus de 40 degrés ont été mesurés dans les Pyrénées-Orientales, jusqu'à 41,5 °C à Céret. "Nous avons mesuré 33 vagues de chaleur depuis l'année 2000, c'est deux fois plus qu'avant", souligne un prévisionniste.

Un dôme de chaleur persistant

Un large et puissant anticyclone s'est installé sur l'Europe de l'Ouest depuis le 19 juin, emprisonnant de l'air stable en basse couche. "L'anticyclone agit comme un couvercle sous lequel la chaleur s'accumule jour après jour. L'air très chaud et sec ainsi emprisonné se maintient pendant une durée inhabituelle", explique Matthieu Sorel, prévisionniste. Ce phénomène, appelé dôme de chaleur, est responsable des températures extrêmes.

Des températures 12 à 15 degrés au-dessus des normales

Les températures vont repartir à la hausse ce samedi, avec des valeurs comprises entre 12 et 15 degrés au-dessus des normales saisonnières. "Les minimales ne descendront pas en dessous de 20 °C, avec des températures nocturnes qui ne tomberont pas sous les 23 °C en fin de nuit. Dans le Sud-Est, les maximales oscilleront entre 36 et 40 degrés", précise le prévisionniste.

14 départements en vigilance orange

La vigilance orange canicule sera activée sur 14 départements ce samedi à partir de 12 heures : Pyrénées-Orientales, Hérault, Gard, Aude, Bouches-du-Rhône, Rhône, Isère, Drôme, Ardèche, Vaucluse, Var, Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes et la Corse-du-Nord. La préfecture des Bouches-du-Rhône a annoncé la fermeture totale de quatorze massifs forestiers du département ce vendredi.

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Vers un avenir à +4 °C ?

Selon Alain Dabas, "on observe des vagues de chaleur de plus en plus précoces et de plus en plus tardives. C'est une tendance qui va continuer au fil des années". Dans une France à plus de 4 °C d'ici 2100, ces vagues pourront commencer dès la mi-mai et durer jusqu'à la fin du mois de septembre. La sécheresse des sols s'étendra sur deux mois supplémentaires chaque année, les vagues de chaleur deviendront dix fois plus fréquentes, les nuits tropicales se multiplieront et le risque de feux de forêt augmentera considérablement. Les précipitations, bien que moins fréquentes, seront plus intenses.

Le record de 46 °C pourrait être battu

Le 28 juin 2019, Vérargues dans l'Hérault avait atteint 46 °C, le record absolu en France depuis 1945. "Ce record sera battu", estime Alix Roumagnac, président de Predict Services. "On dépassera les 50 °C avant 2050, mais ça peut être dans deux ans. On ne sait pas quand". Pourquoi pas cet été ?

Le climatoscepticisme refait surface

Alix Roumagnac appelle à la vigilance : "Depuis deux ou trois ans, on revoit apparaître des climatosceptiques, qui remettent en cause les décisions à prendre pour s'adapter. Il faut vraiment se remettre en cause, médias, scientifiques, ceux qui portent le discours". En 2003, la canicule avait provoqué un électrochoc. On avait découvert que la chaleur pouvait tuer. Des politiques ont été mises en place. Vingt ans plus tard, nos outils de prévision sont plus performants, mais nos réflexes collectifs semblent moins aiguisés. Comme si on avait cessé d'y croire ? "Pire : le climatoscepticisme refait surface, porté par une envie de vivre normalement dans un monde qui ne l'est plus".

L'été est là. Profitons-en, oui. Mais les yeux ouverts. Car si on ne fait rien, il n'y aura plus d'été heureux. Il y aura seulement des alertes, des pertes et des larmes.