Six ans après la Convention citoyenne pour le climat, les espoirs se sont évanouis. Le 29 mai 2025, une tribune signée par plusieurs anciens participants tire un bilan sévère : « Si la classe politique était capable de cette intelligence collective, nous n’en serions pas là. » Ce constat amer reflète la frustration de citoyens tirés au sort qui ont passé des mois à élaborer des propositions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, avant de voir la plupart d’entre elles ignorées ou édulcorées par le gouvernement.
Une convention prometteuse
Lancée en 2019 par Emmanuel Macron, la Convention citoyenne pour le climat devait être un exercice inédit de démocratie participative. 150 citoyens, représentatifs de la diversité française, ont planché pendant plusieurs week-ends sur des mesures concrètes pour atteindre une réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Leurs propositions, allant de la rénovation thermique des bâtiments à la taxation des produits polluants, ont été saluées pour leur ambition et leur pragmatisme.
Des promesses non tenues
Malgré les engagements présidentiels de « mettre en œuvre sans filtre » les propositions, le gouvernement a rapidement opéré un tri. Certaines mesures emblématiques, comme la réduction de la place de la voiture en ville ou la taxation du kérosène, ont été abandonnées sous la pression de lobbies. D’autres, comme l’interdiction des vols intérieurs, ont été vidées de leur substance. « Nous avons passé des centaines d’heures à débattre, à écouter des experts, à trouver des compromis, et tout cela pour quoi ? Pour que le politique nous dise “merci, mais on fait comme on veut” », déplore un ancien membre.
L’intelligence collective en échec
La tribune du 29 mai pointe du doigt le manque d’intelligence collective de la classe politique. « Les citoyens ont montré qu’ils étaient capables de prendre des décisions difficiles, de faire preuve de solidarité et de vision à long terme. La classe politique, elle, reste prisonnière des intérêts immédiats et des rapports de force », écrivent les signataires. Ils appellent à un renouveau démocratique, où les citoyens auraient un véritable pouvoir de décision, et non un simple rôle consultatif.
Un héritage contrasté
Six ans plus tard, le bilan est contrasté. Certaines propositions ont bien été adoptées, comme la loi Climat et Résilience, qui intègre une partie des mesures. Mais les associations environnementales jugent le texte insuffisant. « On a perdu le sens de l’urgence. Le gouvernement a privilégié le dialogue avec les industriels plutôt que l’écoute des citoyens », estime un porte-parole de Greenpeace. La Convention citoyenne pour le climat reste néanmoins une référence dans le monde, inspirant d’autres pays à tenter l’expérience de la démocratie délibérative.
Quel avenir pour la participation citoyenne ?
Les anciens participants appellent à ne pas en rester là. Ils proposent la création d’une assemblée citoyenne permanente, dotée de pouvoirs contraignants sur les questions climatiques. « Nous avons prouvé que les citoyens sont capables de se hisser à la hauteur des enjeux. Il est temps que la politique fasse de même », conclut la tribune. Un message adressé aux futurs gouvernants, à l’aube d’une nouvelle législature.



