Les années se suivent et se ressemblent. Copernicus et l’Organisation météorologique mondiale ont publié ce 28 avril leur bilan climatique de l’année 2025 en Europe. Malgré quelques signaux positifs, le constat reste globalement préoccupant : le Vieux Continent devra intensifier ses efforts pour protéger son environnement.
Un réchauffement deux fois plus rapide que la moyenne mondiale
Dès les premières pages du rapport, l’Europe décroche un triste record. Elle est le continent qui se réchauffe le plus rapidement depuis les années 1980, avec un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale. La hausse atteint déjà environ + 2,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. En cause, une combinaison de facteurs : « La terre se réchauffe plus vite que l’océan et l’Europe possède énormément de zones terrestres », analyse Samantha Burgess, directrice adjointe du service dédié au changement climatique chez Copernicus.
Elle insiste aussi sur le rôle essentiel de la neige et des nuages dans la régulation thermique. « En perdant cette couverture, nous finissons par absorber plus d’énergie à la surface de la planète plutôt que de la réfléchir », explique-t-elle. De manière plus surprenante, l’amélioration de la qualité de l’air contribue également au phénomène. La diminution des aérosols limite la formation de certains nuages bas, ce qui laisse passer davantage d’énergie solaire vers la surface terrestre.
« La réalité, c’est qu’il n’y a pas de gagnants »
Pour la spécialiste, ce rythme de réchauffement est « l’un des points les plus critiques du rapport ». Si la tendance se poursuit, « il aura des conséquences majeures notamment pour la biodiversité, avec des risques de déclin très importants, voire d’effondrement dans certains cas ». Cette évolution des températures n’est toutefois pas uniforme. « La réalité, c’est qu’il n’y a pas de gagnants : le changement climatique nous impacte tous de manières différentes selon la dynamique locale, la géographie et la vulnérabilité », précise Samantha Burgess.
Les effets de ce réchauffement sont d’ailleurs déjà visibles et s’intensifient. Outre le stress thermique pour les populations, les vagues de chaleur favorisent sécheresses et incendies. En 2025, plus d’un million d’hectares ont brûlé en Europe, un record. L’Espagne et le Portugal concentrent à eux seuls 65 % des surfaces touchées. Et, parallèlement, les ressources en eau deviennent de plus en plus imprévisibles.
Tandis que 70 % des rivières affichent des niveaux anormalement bas, des tempêtes violentes provoquent des inondations soudaines. Selon le rapport, ces événements ont affecté environ 14 500 personnes en 2025 et causé une vingtaine de morts. « Les événements extrêmes ont toujours existé, mais ils deviennent plus fréquents, plus intenses et ont des impacts plus importants. Là où auparavant ces épisodes duraient quelques jours, ils peuvent désormais s’étendre sur deux semaines », souligne la scientifique.
Du pire et du mieux
Du côté des glaciers, la situation a aussi franchi un seuil critique. Aucune région n’est désormais épargnée, des Alpes à la Scandinavie. Lorsque chaleur et faible enneigement se conjuguent, les glaciers fondent plus vite et se reconstituent moins en hiver. « Cela a un impact direct sur le niveau de la mer, mais aussi sur la disponibilité de l’eau. Beaucoup de territoires dépendent de la fonte des neiges pour l’hydroélectricité et pour recharger les réserves », précise la spécialiste. Au Groenland, par exemple, la fonte atteint des volumes considérables, équivalents à des « milliards de piscines olympiques ».
Samantha Burgess avance aussi une conséquence humaine inédite en Europe : « Un village en Suisse a dû être évacué après une avalanche glaciaire, c’était la première fois qu’il y avait des réfugiés climatiques à cause du réchauffement, en plein cœur du continent. »
Enfin, une note légèrement positive conclut le rapport : en 2025, les énergies renouvelables ont fourni près de la moitié de l’électricité en Europe (46,4 %), avec un record pour le solaire (12,5 %). « Et il faut continuer à investir et à augmenter les capacités. Le système doit être résilient : il n’y a pas toujours du soleil ni du vent, donc il faut diversifier et renforcer les infrastructures », insiste la scientifique. Malgré ces progrès, des efforts restent nécessaires : seule la moitié des actions prévues par la stratégie biodiversité 2030 a été mise en œuvre.



