Côte d'Azur : le réchauffement climatique déjà à l'œuvre selon un expert
Côte d'Azur : le réchauffement climatique déjà à l'œuvre

Un ouvrage pour comprendre l'urgence climatique en France

Paru le 2 avril aux éditions Tallandier, « France. Urgence climat — Les impacts région par région, d’après les scénarios du GIEC » propose une lecture inédite des conséquences du changement climatique sur l’ensemble du territoire français. Benjamin Crettenand, chargé de sensibilisation aux changements climatiques pour le réseau Action Climat, en est le co-auteur avec Anne Bringault, directrice des programmes du même réseau. Préfacé par la climatologue Valérie Masson‑Delmotte, ce livre s’appuie sur les dernières données scientifiques pour montrer, région par région, ce que signifie concrètement l’« urgence climat » pour les paysages, les villes et les populations.

Pourquoi ce livre maintenant ?

Interrogé sur les motivations de cette publication, Benjamin Crettenand explique : « Nous voulions montrer que le changement climatique n’est pas un phénomène lointain : il impacte déjà la France et ses régions. Chaque territoire a ses spécificités, mais toutes les régions subissent certaines conséquences du climat. Ce qui distingue notre ouvrage des rapports du GIEC, c’est qu’il propose un focus région par région, synthétisant pour la première fois les données existantes à l’échelle locale. »

Une approche locale pour mieux sensibiliser

L’expert est convaincu que cette approche locale aidera à mieux sensibiliser le public. « Parler du changement climatique à l’échelle mondiale reste abstrait pour beaucoup. En donnant des exemples concrets de lieux et paysages familiers, nous voulons que chacun comprenne que le climat affecte déjà nos villes, nos forêts et nos littoraux. Nous donnons également des chiffres précis pour que chacun sache à quoi s’attendre dans sa ville ou sa région. »

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La région méditerranéenne, particulièrement exposée

Le livre révèle que la région méditerranéenne et le sud-est de la France connaissent l’un des plus forts réchauffements régionaux du pays. D’ici 2050, un réchauffement moyen de 1,6 à 2,2 °C par rapport à la fin du XXe siècle est prévu. Cela se traduit par plus de canicules et de nuits tropicales, avec des conséquences sanitaires importantes. À Nice, en 2022, 104 nuits tropicales ont été enregistrées, dont 60 consécutives, ce qui empêche le corps de se régénérer correctement et amplifie les risques pour la santé.

Hausse du niveau de la mer et érosion côtière

Outre les températures, la hausse du niveau de la mer est une autre conséquence majeure. Celui-ci a déjà augmenté d’environ 20 cm par rapport au début du XXe siècle et pourrait atteindre 1 mètre d’ici la fin de ce siècle dans un scénario pessimiste. « Quand on a un niveau de la mer plus haut, lors des tempêtes méditerranéennes, les vagues vont plus loin dans les terres, provoquant des dégâts plus importants », précise Benjamin Crettenand. En parallèle, l’érosion côtière s’accélère, menaçant infrastructures et habitations en bord de mer, et pourrait entraîner la disparition de certaines petites plages.

Stratégies d’adaptation pour protéger les côtes

Face à ces défis, plusieurs stratégies d’adaptation existent. La protection « lourde » (digues, murs, barrières) peut être efficace à court terme, mais elle a des limites : si le niveau de la mer continue de monter, certaines digues risquent d’être submergées, et ces structures perturbent les écosystèmes côtiers. Une autre approche est la relocalisation, qui consiste à déplacer infrastructures et habitations des zones très exposées. Bien qu’efficace, elle soulève des questions d’acceptabilité sociale et d’accès au foncier.

Les solutions basées sur la nature, comme la protection ou la restauration des dunes, zones humides et habitats marins, offrent une alternative durable. « Cette approche est bénéfique pour la biodiversité et moins coûteuse sur le long terme », souligne l’expert. Aucune stratégie n’est universelle ; il faut souvent combiner plusieurs approches et agir rapidement, surtout dans des régions comme la Côte d’Azur, où une grande partie de la population vit près du littoral.

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Forêts et zones naturelles sous pression

La région compte 1,6 million d’hectares de forêts, deuxièmes en proportion dans l’Hexagone. Elles subissent des sécheresses plus fréquentes et plus intenses, et deviennent plus vulnérables aux insectes ravageurs. Les incendies, souvent déclenchés par l’humain, sont favorisés par ces conditions climatiques extrêmes.

Une vulnérabilité accrue de la Côte d’Azur

La Côte d’Azur est parmi les régions les plus exposées aux effets du changement climatique, au même titre que certaines zones d’outre-mer. Les précipitations y diminuent, avec de longues périodes sans pluie suivies d’épisodes intenses, accentuant sécheresse et risque d’inondations. Le littoral long de près de 700 km est particulièrement exposé aux tempêtes méditerranéennes, avec des conséquences sur les habitations et infrastructures.

Quelles perspectives pour les habitants des Alpes-Maritimes ?

Les impacts sont déjà visibles : plus de 79 % de la population sera exposée à des nuits tropicales d’ici 2050, contre 35 % à la fin du XXe siècle. Selon nos émissions de gaz à effet de serre, le futur peut être plus ou moins dramatique. Le levier principal reste donc de réduire nos émissions dès maintenant.

La France en retard sur l’adaptation

Benjamin Crettenand estime que la France n’est pas prête à ces scénarios. « La France est en retard sur l’adaptation. Pourtant, des solutions existent : rénovation des logements, végétalisation des villes, création d’îlots de fraîcheur, gestion de l’eau, agriculture résiliente, entretien des rivières et renaturation des sols. Investir dans l’adaptation est rentable : on estime que 1 euro investi permet d’éviter 7 à 8 euros de dégâts futurs. »