Tempête Nils et crue de la Garonne : des communes doublement isolées sans électricité
Tempête Nils et crue : communes isolées sans électricité

Tempête Nils et crue de la Garonne : un double isolement pour les communes

L'épisode météorologique violent qui a frappé le Val de Garonne a provoqué de nombreuses coupures de courant, venant considérablement complexifier les opérations d'urgence liées à la montée de la Garonne. Au soir du jeudi 12 février, plusieurs communes se trouvaient doublement isolées, cernées par les eaux et plongées dans le noir. « Plus de chauffage, plus de téléphone, plus de lumière », résume la situation critique vécue par les habitants.

Une course contre-la-montre dans l'obscurité

À bord d'une embarcation de la commune, le maire de Lagruère, Jacques Verdelet, se hâte de faire le tour de toutes les habitations avant la tombée de la nuit. Comme près de deux tiers des foyers de Lot-et-Garonne, son village, situé non loin de Tonneins, a été privé d'électricité dans la nuit de mercredi, balayé par la tempête Nils. L'inquiétude de passer une nuit dans le noir et de se réveiller toujours sans courant est palpable sur l'ensemble du territoire.

En parallèle, la Garonne, toujours en vigilance rouge sur son tronçon marmandais, poursuivait sa montée menaçante. La course contre-la-montre face à la crue n'a été rendue que plus complexe par l'absence de courant et un réseau téléphonique défaillant, le tout « sous une météo exécrable ». « On a mis un groupe électrogène à la mairie pour que les habitants puissent recharger des piles, leurs téléphones et d'autres appareils électriques », explique Jacques Verdelet, sur le pont depuis près de 72 heures.

Des réparations compromises par les eaux

Si l'édile espérait que le gestionnaire du réseau Enedis puisse intervenir rapidement sur les câbles rompus par les chutes d'arbres et les bourrasques, il ne se faisait pas d'illusion pour une des lignes, totalement submergée. Elle ne pourra pas être réparée avant le retrait de la crue, soit dans plusieurs jours. Cette situation prolonge l'isolement des populations.

« Il est impossible pour nous de se ravitailler en groupe électrogène. Ce n'est pas tolérable de laisser des communes comme nous sans électricité avec les jours qui nous attendent », s'alarme le maire de Jusix, Laurent Capelle. Chez lui, la situation est très critique, autant sur le front des crues que par rapport à l'impact de la tempête Nils. Une administrée, enceinte de 22 ans avec une césarienne prévue mardi, a dû être évacuée, tandis que son compagnon est resté sur place.

Des habitants livrés à eux-mêmes

Les habitants restés sur place ne peuvent plus compter que sur la batterie de leur téléphone pour communiquer avec l'extérieur. Les villages, sans électricité, sont désormais totalement isolés. Le maire a alerté dès 5h25 ce jeudi, mais les services d'Enedis devraient mettre plusieurs jours à rétablir le courant, comme à Meilhan-sur-Garonne.

Sur le tertre, 32 résidents de la résidence Labeyrie subissent les conséquences du passage de la tempête. Cécile, infirmière libérale de Casteljaloux, s'inquiète pour ses patients âgés, dont une dame de 96 ans : « Sans chauffage, dans le noir avec les volets restés bloqués. Je suis obligée de faire une toilette minimum, sans eau chaude. »

Un impact étendu aux infrastructures

« Cela prendra plusieurs jours pour rétablir tout le monde », confirme Raymond Girardi, président de la Communauté de communes des Coteaux et Landes de Gascogne. À la fin de la journée, le maire d'Argenton estimait que les trois quarts des habitations de son territoire n'étaient plus alimentées. Les 1341 vacanciers du Center Parcs ont été privés d'électricité de mercredi soir à jeudi après-midi, avec des cottages endommagés.

L'élu communiste alerte aussi sur le réseau de fibre, très touché. Plusieurs jours seront nécessaires pour retrouver internet dans tous les foyers. Le massif forestier a également souffert, et les dégâts pourraient être très importants, bien qu'un bilan précis soit encore prématuré.

Des lueurs d'espoir et de solidarité

Les coupures comme les rétablissements ont été épars. À Fourques-sur-Garonne, près des trois quarts du bourg ont été privés de courant une majeure partie de la journée. Marie Alberola, nouvellement arrivée, a été soulagée de voir le courant rétabli en fin d'après-midi, évitant ainsi de s'exiler chez son frère en Dordogne.

Dans le bourg fourquais, les habitants ont convergé toute la journée à l'épicerie d'Antan pour trouver des piles, des bougies et un peu de réconfort. « On a offert le café ce matin, on l'a fait à l'ancienne, à l'eau chaude », raconte la tenancière, Myriam Labattut, qui, grâce au prêt de groupes électrogènes, a pu maintenir l'activité. Même lors de la crue majeure de 2021, le village n'avait pas connu de telles coupures d'électricité, soulignant la gravité inédite de cette double crise.