Une tempête plonge le Sud-Gironde dans le noir et le silence
De Mongauzy à Monségur, une véritable chape de plomb s'est abattue sur un large secteur du Sud-Gironde ce jeudi 12 février. Les habitants se sont retrouvés brutalement privés d'électricité, d'Internet et de téléphone portable, plongés dans un isolement total qui a duré toute la journée.
Des milliers de foyers coupés du monde
Depuis le cœur de la nuit, le souffle violent de la tempête Nils a privé d'électricité des milliers de foyers girondins, coupant dans le même élan tous les réseaux de téléphonie. « On est isolés, on ne sait rien », se lamente Marie-Line Orlandi, venue trouver du réconfort chez sa voisine Reine Lapoire pour traverser ces heures d'angoisse.
À Mongauzy, en début d'après-midi, aucune lumière ne brillait malgré un ciel gris sombre traversé par des averses. Les habitants ont dû ressortir les solutions d'urgence : guirlandes, petites lampes électriques et bougies pour s'éclairer. Reine Lapoire, plus sereine malgré une nuit presque blanche, explique avoir déplacé la table près de la baie vitrée pour profiter de la lumière naturelle.
La radio, dernier lien avec l'extérieur
Dans cette situation d'isolement complet, la radio est devenue le seul moyen de communication avec le monde extérieur. Jean-Pierre Eon, habitant de Mongauzy, a passé une soirée à tenter de réparer un vieil appareil radio avec sa compagne Marie-Paule.
« On a ressorti les transistors aussi », montre Reine Lapoire en faisant grésiller la vieille machine posée sur le comptoir de sa cuisine, pour laquelle sa fille lui a ramené des piles neuves. Cette radio représente désormais leur unique fenêtre sur l'actualité et les informations concernant la tempête.
La solidarité s'organise malgré tout
Dans le bourg de Mongauzy, le bourdonnement d'un groupe électrogène conduit à l'un des rares commerces ouverts. Daniel et Marie-Dominique Chan Yin Kung ont ouvert leur tabac « à la bougie et à la frontale » avant qu'un ami ne leur apporte de la lumière.
« Ce matin, on a fait du dépannage, offrir un café, charger un téléphone. De la solidarité », raconte Marie-Dominique. Même les journaux locaux n'ont pas été livrés, accentuant encore le sentiment d'isolement des habitants.
Monségur également touchée
À une quinzaine de kilomètres, la bastide de Monségur est également plongée dans le noir. Deux restaurants tentent désespérément de sauver le contenu de leurs réfrigérateurs grâce à des groupes électrogènes qui tournent en continu sous les arcades.
À la mairie, une feuille A4 scotchée à la porte indique que l'électricité pourrait être rétablie vers 18 heures selon Enedis. « On est allées jusqu'à La Réole pour avoir des informations, personne ne nous répond », explique une secrétaire municipale, engoncée dans un épais manteau pour compenser l'absence de chauffage.
Conséquences économiques immédiates
Mickaël Ossard, le boulanger de Monségur, vient aux nouvelles à la mairie. « Il y aura le marché demain matin ? » demande-t-il, inquiet. La réponse est incertaine. Lui n'a pas ouvert sa boutique, ses pâtes au levain continuent de fermenter sans contrôle.
« Il faudra tout jeter », déplore-t-il. Et il n'ouvrira pas non plus ce vendredi, car il est déjà trop tard pour pouvoir pétrir la fournée suivante à temps. Les conséquences économiques de cette coupure se font déjà sentir cruellement pour les commerçants de la région.
Pendant ce temps, les habitants continuent d'attendre dans le noir et le froid, avec pour seul réconfort la solidarité qui s'organise localement et l'espoir d'un retour rapide à la normale.