Incendie dans l'Aude : une voisine tuée, un sinistré témoigne
Incendie dans l'Aude : une voisine tuée, un sinistré témoigne

Incendie dans l'Aude : une voisine tuée, un sinistré témoigne

Jean-Loïc Villa, ancien viticulteur de 75 ans, a tout perdu dans le mégafeu qui a débuté mardi 5 juillet 2025 près de Ribaute, dans les Corbières (Aude). L'incendie a ravagé sa maison qu'il occupait depuis un quart de siècle. Il évoque avec tristesse sa voisine Stella, 67 ans, qui a été tuée par les flammes.

« Là c'était un préau, là, le garage, puis, ensuite, la salle à manger, la salle de bain… Là-bas c'était la cuisine à droite, avec un escalier tournant et une mezzanine pour desservir les chambres… Mais y'a plus rien… » D'un geste las, Jean-Loïc Villa montre du doigt le champ de ruine qui, quelques heures plus tôt, composait encore son cocon familial pour lui, sa femme et ses filles désormais grandes. Il n'y a plus rien des 170 m², se lamente-t-il devant sa Citroën de collection rendue au statut d'épave.

Dans le quartier des Moutagnols, à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, un des épicentres du plus grand incendie du siècle qui a déjà parcouru plus de 16 000 hectares depuis mardi après-midi dans les Corbières, plusieurs maisons ont subi le sort de celle de l'ancien viticulteur. Suivant les sauts d'humeur des flammes boostées par le vent violent, certaines habitations ont été léchées, d'autres épargnées, et les plus malchanceuses ravagées.

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Une voisine tuée malgré les appels des pompiers

Stella, 67 ans, n'a pas survécu. Sa maison était mitoyenne de celle de Jean-Loïc. C'est l'unique victime à déplorer à date de mercredi soir, et le retraité ne s'en remet pas. « Elle était très gentille, c'est une ancienne infirmière de l'hôpital de Lézignan-Corbières, nous explique-t-il. Mais trois fois les pompiers y sont allés pour essayer de la faire venir au foyer pour passer la nuit, mais elle n'a pas voulu partir parce qu'elle avait son chien. Elle disait : "non, non, je m'enfuirai s'il le faut"… Et c'est elle qui est morte, dans sa maison… C'est terrible. »

Jean-Loïc Villa, lui, a eu la sagesse d'écouter les pompiers. Il était chez lui quand l'incendie, qui avait débuté sur la commune de Ribaute à 14 km par la route (mais trois fois moins à vol d'oiseau), a déboulé à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse mardi en fin d'après-midi. « Je bricolais, j'étais ici, j'avais une petite lance pour aider au cas où, mais c'est arrivé tellement vite, raconte-t-il. Avec un 80 km/h de vent, c'est arrivé là d'un coup comme une bouffée chaude, je me suis brûlé un peu la poitrine. Les pompiers sont arrivés à ce moment-là, et m'ont dit : "ne restez pas là, vous allez cramer", je suis parti. »

Avec sa femme, il a pu être hébergé à Narbonne au sein de sa famille. Avant de revenir mercredi matin constater l'étendue des dégâts. « Le constat c'est qu'il ne reste plus rien, c'est bien ce qu'on craignait, y'a plus rien à récupérer, même la vaisselle est cassée, c'est une vie qui se fout en l'air… », dit encore celui qui avait construit sa maison il y a vingt-six ans.

Des reprises de feu et une inquiétude persistante

À quelques dizaines de mètres seulement, en haut d'un chemin de vignes, d'importants panaches de fumée se signalent à nouveau : c'est une des reprises du mégafeu. Des renforts venus du Var s'emploient au sol à circonscrire les flammes alors que dans les airs, le ballet des Canadairs et des Dash a repris. Le retraité loue le courage des secours avec une pointe d'amertume : « On a vu le feu arriver, mais il y a des vignes, des chemins goudronnés… On aurait pensé que les pompiers auraient un peu mouillé les lieux et se seraient mis un peu là… Jusqu'à ce que le feu arrive, on n'a pas vu un camion de pompier. »

Mais les sapeurs avaient déjà tant à faire, et Jean-Loïc Villa se réjouit de l'élan de solidarité qui touche le village. À la Bonbonne, un des restaurants du village, le patron a barré sa carte de l'inscription : « cantine gratuite pour pompier », tout comme un food-truck au PC installé juste à côté. « Il faut se reconstruire, d'un coup ça arrive, mais avec le soutien de tout le monde, les amis qui appellent, la solidarité, ça fait du bien », lance le septuagénaire.

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À ses côtés, son beau-fils Xavier, qui travaille sur l'exploitation familiale, regarde en direction de leur domaine des Grangettes, isolé et menacé. « À la nuit, il n'y aura plus de moyens aériens, le terrain est inaccessible, si la direction du vent rechange. Nous sommes très inquiets. »

Le maire évoque un désastre apocalyptique

À quelques mètres de là, le maire de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, Xavier de Volontat, ne peut que contempler le désastre : « c'est apocalyptique qu'un feu ravage autant de superficie avec autant de violence », nous dit-il. Il est grandement touché par « l'émotion » du décès de l'une de ses administrées. « Même si nous avons pu coordonner pas mal de choses par rapport à ce type d'événement en écartant les gens de la violence du feu, malheureusement une de ces personnes n'a pas suivi nos directives », regrette-t-il.