Feu des Corbières : un spécialiste de l'Inrae juge le sinistre inédit en France
Feu des Corbières : un spécialiste de l'Inrae juge le sinistre inédit

Un feu inédit en France selon un spécialiste

L'incendie qui a ravagé le massif des Corbières en août dernier, connu sous le nom de feu de Ribaute, a détruit plus de 11 000 hectares de forêt. Pour Éric Rigolot, ingénieur de recherche à l'unité Écologie des forêts méditerranéennes de l'Inrae à Avignon, cet événement est sans précédent en France. "Que ce type de feu soit possible en France, c'est effectivement inédit", déclare-t-il. Ce spécialiste de la dynamique des feux de forêt a participé au retour d'expérience mené avec l'Office national des forêts, le service départemental d'incendie de l'Aude et Météo France.

Une forêt très combustible

Pour évaluer la vulnérabilité de la forêt après un tel sinistre, trois critères sont examinés : la combustibilité, la résistance et la résilience. À Ribaute, la forêt était extrêmement combustible, ce qui a contribué à un feu intense. "On pourra difficilement faire plus combustible", observe le chercheur. Les strates d'arbustes et d'arbres créaient une continuité verticale de combustibles, permettant aux flammes de monter en cime et de provoquer un feu total. Cependant, il faudra plusieurs dizaines d'années pour retrouver un tel niveau de biomasse.

Résistance et régénération

La résistance des arbres dépend des stress climatiques et de leur état sanitaire. Les pins ont été très touchés et leur survie sera faible. Seuls les feuillus comme les chênes pourront se régénérer à partir de leurs souches. "La régénération va être dynamique et assez rapide", assure Éric Rigolot. Dès le printemps prochain, une couverture végétale basse sera visible. À terme, une forêt similaire en espèces devrait se reconstituer, sauf en cas de récurrence des feux qui épuiserait les ressources.

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Impact du changement climatique

Le changement climatique pourrait aggraver la situation. La conjonction de feux fréquents et d'épisodes climatiques extrêmes, comme des sécheresses répétées, réduirait la résistance et la capacité de reconstitution. "C'est ce que l'on peut craindre", prévient le chercheur.

Faut-il intervenir ?

Les forêts en régénération sont souvent très denses, avec plus d'arbres que nécessaire. La compétition naturelle éclaircit peu à peu le peuplement, mais cela prend du temps. La sylviculture peut imiter la nature en accélérant ce processus, mais cela nécessite une rentabilité économique, rare dans ce type de forêt. Les actions prévues concernent surtout le maintien des dispositifs de défense contre l'incendie (DFCI) : pistes, points d'eau, barrières et signalétique.

L'enjeu des plaines agricoles

Le retour d'expérience a mis en évidence un problème majeur : les plaines agricoles qui séparaient autrefois les massifs forestiers se sont enfrichées en raison de l'abandon des cultures, notamment des vignes. Alors qu'elles servaient de coupe-feu naturels, elles sont devenues combustibles. La première plaine rencontrée par le feu de Ribaute, large de 2 km, n'aurait pas été franchie il y a vingt ou vingt-cinq ans, limitant l'incendie à 1 500 hectares au lieu de 11 000. "Le vrai enjeu, c'est de reconstituer ces cloisonnements primaires", insiste Éric Rigolot. Cela implique une question d'aménagement du territoire et un soutien financier à l'agriculture pour maintenir ces pare-feu.

Un changement de dimension

Le chercheur confirme que la France a changé de dimension en matière d'incendies en zone méditerranéenne. "Ce feu a surpris tout le monde. Il est exceptionnel à bien des égards." Des maisons situées à 2 km de la forêt ont brûlé, ce qui était auparavant inimaginable. La déprise agricole a rendu le territoire plus vulnérable, et des solutions globales sont nécessaires.

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