Quarante ans après le pari fou de son père, Christelle Brouillet perpétue avec passion l'élevage de taureaux camarguais dans le nord du Gard. Installée à la manade du Joncas, sur la commune de Saint-André-d'Olérargues, elle gère aujourd'hui un troupeau de 180 bêtes entièrement dédiées à la course camarguaise.
Un héritage familial ancré dans la bouvine
La manade du Joncas est née dans les années 1980 lorsque le père de Christelle Brouillet, séduit par un coin de verdure découvert lors d'une promenade à cheval, décide d'y installer ses premiers taureaux. À l'époque, ce projet semblait insensé. On l'appelait la manade des Garrigues et beaucoup disaient que son père était fou de créer une exploitation dans cette région. Pourtant, aujourd'hui, les bêtes sillonnent les arènes des Bouches-du-Rhône à l'Hérault, en passant par le Gard et le Vaucluse, de mars à octobre. En 1996, la manade a même remporté le prestigieux Biou d'or, récompensant le meilleur cocardier de la saison.
Une exploitation étendue sur 200 hectares
Christelle Brouillet a repris l'exploitation familiale en 2000. Aujourd'hui, la manade s'étend sur 200 hectares répartis entre Saint-André-d'Olérargues, Issirac et La Capelle-et-Masmolène. Les taureaux, spécifiquement élevés pour la course camarguaise, se distinguent par leur gabarit. Ils sont plus petits et plus musclés que leurs congénères de Camargue, en raison du terrain accidenté qu'ils parcourent. Comme le souligne Christelle Brouillet : "Ici, ils sont obligés de monter, de descendre les pentes, dans les cailloux. Il n'y a que du muscle. Ils envoient dans les arènes."
Diversification pour assurer la pérennité
L'élevage de taureaux ne suffit pas financièrement. Il ne représente que 15 % du chiffre d'affaires. Depuis la pandémie de Covid-19, Christelle Brouillet a donc développé la vente de viande. Chaque été, la manade organise des soirées camarguaises, permettant aux touristes et aux locaux d'assister au tri du bétail, à des spectacles équestres, à des jeux de gardians ou encore à des initiations à la course camarguaise dans les petites arènes construites sur place. Sa fille, actuellement en lycée agricole, envisage de poursuivre cette diversification en créant un élevage de chevaux, tout en conservant l'activité taurine.
Des taureaux vedettes attendus à Remoulins
Les taureaux de la manade, comme Opium, Gringo ou Caligula, seront à l'honneur le 10 mai prochain lors d'une complète dans les arènes de Remoulins. Un événement qui témoigne de la vitalité de cette tradition camarguaise dans le nord du Gard.



