Grands Causses : nappes sous contrôle, sols en grande souffrance
Grands Causses : nappes sous contrôle, sols souffrent

Après des années de sécheresse, les nappes phréatiques du Parc naturel régional des Grands Causses avaient retrouvé, début 2025, des niveaux proches, voire supérieurs à la normale. Pourtant, les dernières observations dressent un tableau plus nuancé, marqué par les premiers signes de sécheresse et de décrue estivale.

Une recharge hivernale bénéfique

Après deux années marquées par une sécheresse persistante, les nappes phréatiques du Parc naturel régional des Grands Causses ont profité d’une recharge efficace durant l’hiver et le printemps 2024. Une situation plutôt favorable, qui contraste pourtant avec la sécheresse des sols observée en ce début d’été 2025. "On est revenus à des niveaux supérieurs à la moyenne interannuelle. C’est une vraie respiration pour les nappes", affirmaient en avril dernier Christophe Apolit et Laurent Danneville, hydrogéologues du Parc.

Après les épisodes critiques de 2022 et 2023, où les déficits pluviométriques avaient plongé les réserves souterraines à des niveaux préoccupants, les pluies de mars 2024 – particulièrement abondantes – ont permis un retour à la normale, voire au-delà. Le bulletin hydrologique publié début juillet semble le confirmer : les nappes karstiques, ces immenses réservoirs naturels formés dans la roche calcaire, affichent des niveaux "modérément bas à modérément hauts". Une évolution cohérente avec le cycle naturel de décrue estivale amorcée début mai.

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Des cours d’eau encore alimentés, mais en baisse progressive

Pour autant, les sources et cours d’eau du territoire reflètent une situation plus contrastée. Sur la source du Ségala à Lapanouse-de-Sévérac ou sur le Cernon, les débits sont en baisse depuis juin. Sur le Durzon à Nant, la bonne recharge printanière permet encore de maintenir des niveaux supérieurs aux moyennes, mais la récession est enclenchée. "On est dans une phase normale de décrue", explique Laurent Danneville. "La recharge est terminée, donc les niveaux baissent doucement. On n’est pas encore en tarissement, c’est-à-dire dans la phase la plus critique qui intervient généralement en août-septembre. Pour l’instant, les cours d’eau restent globalement dans les moyennes saisonnières, sans signe d’alerte immédiat."

Des sols particulièrement secs

Là où la situation devient préoccupante, c’est au niveau des sols. "Les sols sont très, très secs. On n’a plus d’humidité, c’est clair", constate Danneville, qui assistait récemment au comité de suivi départemental. Le déficit pluviométrique enregistré en juin (-49 %) et les faibles précipitations de juillet n’ont rien arrangé. La végétation souffre, et les agriculteurs s’inquiètent. Si quelques orages localisés ont apporté un répit très ponctuel, notamment sur le Larzac ou dans le nord-ouest du département, ils ne suffisent pas à compenser le manque d’eau. "C’est vraiment la sécheresse des sols qui pose problème, pas les nappes", insiste l’hydrogéologue.

Une situation hétérogène selon les zones

Les bassins-versants ne sont pas tous logés à la même enseigne. Certaines zones sont en "vigilance" ou en "alerte", selon les arrêtés préfectoraux hebdomadaires. La vallée du Dourdou et le secteur de Camarès sont les plus surveillés actuellement. Mais dans l’ensemble, le sud du département "s’en sort plutôt bien", résume Laurent Danneville. "On a de la chance d’avoir ce karst, cette ressource souterraine qui régule bien. Tant que la décrue reste douce et progressive, il n’y a pas de menace majeure pour l’alimentation en eau." Et si la situation est selon lui "globalement bonne", elle n’exonère pas d’une gestion durable. "Ce que nous vivons aujourd’hui est le fruit des pluies passées. Ce qui se passe maintenant jouera sur 2026."

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