Pièges naturels ou destruction des nids : comment le Pays de Grasse fait face à l’invasion des frelons asiatiques
En 2026, l’invasion du frelon asiatique progresse jusqu’aux zones d’altitude du Pays de Grasse, menaçant gravement les abeilles et la biodiversité. Face à ce fléau environnemental, l’association Selva à Gourdon défend l’efficacité des pièges sélectifs naturels pour capturer les reines, tandis que la Communauté d’agglomération du Pays de Grasse (CAPG) déploie un plan d’aide financière pour inciter les habitants à détruire les nids.
Une invasion préoccupante
Arrivé en France vers fin 2004, le frelon asiatique, originaire de la région de Shanghai, a conquis 80 % du territoire français, hormis les zones de haute altitude. En 2026, on estime entre 200 000 et 350 000 nids sur l’ensemble du territoire. Long de 17 à 25 mm (30 mm pour les reines), cet hyménoptère est plus petit que le frelon européen. Au début du printemps, lorsque la température nocturne ne descend plus sous 10 °C, la fondatrice sort de sa phase de diapause et bâtit un nid primaire de 10 à 15 cm de diamètre. Après plusieurs semaines, avec l’aide des ouvrières, elle construit un nid secondaire, souvent suspendu au sommet d’un arbre, mais aussi entre un volet et une fenêtre, sous la génoise d’un toit, dans un cabanon, un tronc creux ou un buisson. Un nid peut mesurer jusqu’à un mètre de hauteur sur 70 cm de diamètre et abriter jusqu’à 2 500 individus.
Un désastre écologique
Prédateur et charognard opportuniste, le frelon asiatique chasse une grande diversité d’insectes. Un seul frelon peut capturer et tuer soixante-dix abeilles. L’ampleur des dégâts est colossale : raréfaction des oiseaux, attaques sur les mésanges et leurs oisillons, et même des agriculteurs contraints de polliniser les courgettes à la main. En France, la durée de vie d’une colonie est de six à huit mois, selon les régions et l’altitude. La fondatrice meurt entre fin octobre et début décembre. Rappelons que 80 % des plantes et 85 % des cultures agricoles dépendent des pollinisateurs, dont l’abeille.
Une solution naturelle selon l’association Selva
L’association Selva, basée à Gourdon, défend une approche alternative. « La politique de destruction des nids est un non-sens écologique », affirme son responsable. « Lutter contre celles qui bâtissent les nids est beaucoup plus efficace et moins onéreux. » Selva propose des pièges sélectifs placés à la fin de l’hiver, contenant un sirop à base de bière et de vin blanc, sans toxicité. « On a capturé en moyenne 84 fondatrices par piège à Gourdon, et 104 à Pont du Loup », précise-t-il. La commune de Gourdon a acheté dix pièges et finance leur installation et leur alimentation chaque année. Le maire, Serge Barale, souhaiterait un soutien du Département ou de la Région.
La CAPG mise sur la destruction des nids
De son côté, la CAPG a mis en place un dispositif de signalement et de destruction des nids avec participation financière depuis 2025. En fonction de la hauteur et de la difficulté d’intervention, la collectivité prend en charge 40 à 60 % du coût, qui peut dépasser 370 euros pour les nids à plus de douze mètres de hauteur. « Si nous avions pris en charge la totalité du coût, nous aurions pu détruire une quarantaine de nids par an seulement », explique Muriel Cary, chargée de mission biodiversité. Grâce à ce système, 110 nids ont été éliminés l’an dernier. Les signalements se font via une plateforme en ligne, avec photos, localisation GPS et accessibilité. Une entreprise agréée intervient sous 72 heures. Alors que les températures remontent et que les premiers nids apparaissent, la CAPG mise sur la vigilance des habitants pour freiner cette espèce invasive.



