À 9 h 00, sous un ciel aujourd'hui pluvieux, un groupe d'une vingtaine de personnes mené par Léna, l'agent environnement local, se met en marche et quitte la base vers le sud. Comme Saint-Paul, Amsterdam est une île volcanique dont l'activité est encore récente à l'échelle géologique. Le sol est constitué de roches de lave et de scories recouvertes de tourbières sur de vastes zones. De multiples petits tumulus, cônes, coulées, cavités, bombes volcaniques et cratères, plus ou moins visibles sous la végétation, sont les reliques des éruptions passées. Il faut du reste se méfier : le marcheur peut chuter de plusieurs mètres dans certains trous dissimulés. C'est déjà arrivé sur la base même !
Premier arrêt de la balade : le cratère Dumas, qui n'a guère plus de 500 ans et est devenu par le passé une carrière fournissant en roches basaltiques concassées les chantiers d'aménagement. Un socle de broyeur rouillé y est encore présent.
Plus loin dans la marche, Isabelle, la directrice de l'environnement des TAAF, me désigne le Phylicas arborea qui pousse ça et là. Cet arbuste endémique de l'île ne se trouve nulle part ailleurs et a bien failli disparaître avec l'introduction de bovins (aujourd'hui éteints) au XIXe siècle. Il fait depuis des années l'objet d'un programme de replantation, mais l'incendie de l'an passé qui s'est propagé sur plus de 50% de la surface d'Amsterdam a détruit bon nombre des sujets replantés. Il est surveillé pour voir comment certains phylicas en partie brûlés pourront ou non repartir.
L'excursion se termine sur le haut d'une falaise d'où nous apercevons des ailerons d'orques en chasse, au large de la côte.
Une nouvelle nuit en cabane
Au retour, je retrouve Jace et découvre ses nouvelles fresques : l'une qu'il termine sur une façade borgne du réfectoire, l'autre, plus vaste, est achevée sur le mur d'entraînement de tennis ou de squash. Ses bombes remballées, nous allons partir pour une nouvelle nuit en cabane. Et une nouvelle façade à peupler pour le père des Gouzous.
La cabane Antonelli est à une heure de marche de la base, au bord du cratère du même nom. L'ancienne cabane qu'elle remplace a été entièrement calcinée dans l'incendie. Mais elle, n'a curieusement pas été touchée. Un respect des flammes pour l'installation flambant neuve ? L'emplacement et la structure ont de la gueule. Vues plongeantes sur le cratère, sur la base au loin et sur le « Marion-Dufresne » qui mouille en face.
L'hélicoptère viendra livrer sans se poser une cuisinière basculée depuis l'habitacle par Mikaël debout sur un patin à quelques centimètres du sol. Au moment où nous finissons de l'installer passe le préfet et son aréopage de chefs des différents services des TAAF qui terminent une boucle de tour des sites. Nous sentons que nous faisons des envieux. Certains auraient bien passé la nuit sur place.
Durant la soirée, Manon nous raconte sa vie sur Amsterdam en feuilletant le carnet de dessins qu'elle tient depuis son arrivée et dans lequel elle porte un soin particulier à la représentation méticuleuse des espèces de la faune et de la flore. Les siècles passent, les activités humaines se répondent et Manon perpétue le répertoire graphique d'Audubon.



