Alors que les canicules se multiplient, une question cruciale se pose : jusqu'à quel point les arbres peuvent-ils y résister ? Une étude récente, menée par des chercheurs du CNRS et de l'INRAE, apporte des éléments de réponse inquiétants. Selon les scientifiques, certaines espèces sont très proches de leur seuil de rupture hydraulique, un phénomène qui pourrait entraîner une mortalité massive.
Le mécanisme de rupture hydraulique
Le stress hydrique provoqué par les fortes chaleurs et le manque d'eau peut conduire à la formation de bulles d'air dans les vaisseaux conducteurs de sève des arbres. Ce phénomène, appelé cavitation, bloque la circulation de l'eau et peut entraîner la mort de l'arbre. Les chercheurs ont mesuré que chez certaines espèces, comme le hêtre ou le chêne, la marge de sécurité avant la rupture hydraulique est réduite à seulement 10 à 20 % lors des canicules extrêmes.
« Nous avons observé que lors de la canicule de 2022, certains arbres ont atteint 80 % de leur seuil critique », explique Sylvain Delzon, chercheur à l'INRAE et co-auteur de l'étude. « Cela signifie qu'une canicule plus intense ou plus longue pourrait les faire basculer. »
Des espèces plus vulnérables que d'autres
Tous les arbres ne sont pas égaux face à ce risque. Les espèces à bois poreux, comme le chêne, sont plus résistantes que celles à bois diffus, comme le hêtre ou le bouleau. Les résineux, quant à eux, présentent une sensibilité variable. L'étude a ainsi classé les espèces selon leur vulnérabilité, avec le hêtre en tête des plus menacés.
« Le hêtre est particulièrement sensible car il a une faible capacité à réparer les dommages causés par la cavitation », précise Delzon. « Dans les forêts de plaine, il pourrait disparaître localement si les canicules deviennent plus fréquentes. »
Un impact sur la forêt française
La mortalité des arbres a déjà été observée lors des sécheresses récentes. En 2022, la canicule a provoqué la mort de nombreux hêtres dans le nord de la France. Selon l'IGN, le taux de mortalité des arbres a augmenté de 30 % par rapport à la moyenne des années précédentes. Les chercheurs estiment que si les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas, la moitié des forêts françaises pourrait être affectée d'ici 2050.
« Nous risquons de voir des paysages forestiers complètement transformés », alerte Jean-Marc Guehl, chercheur au CNRS. « Les espèces les plus sensibles pourraient être remplacées par des espèces plus résistantes, mais cela prendra du temps et aura des conséquences sur la biodiversité. »
Des solutions pour adapter les forêts
Face à ce constat, les scientifiques appellent à une gestion forestière adaptée. Parmi les pistes évoquées : la diversification des espèces, la réduction de la densité des arbres pour limiter la compétition pour l'eau, ou encore la sélection de provenances plus résistantes à la sécheresse.
« Il est urgent d'agir », conclut Sylvain Delzon. « Les arbres sont des alliés précieux dans la lutte contre le changement climatique, mais ils en sont aussi les premières victimes. »



