Camargue : la protection de la nature en danger face aux reculs politiques
Camargue : la protection de la nature en danger

La Camargue, comme bien d’autres sites emblématiques français, s’était appuyée sur une protection écologique offensive. Elle est aujourd’hui victime, comme d’autres, de ralentissements ou de demi-tours. C’est le constat dressé par Stéphan Arnassant, géographe et administrateur de Ramsar France, dans une tribune publiée par Midi Libre.

Un cadre juridique fragilisé

Notre droit et nos politiques environnementales se sont lentement façonnés avec une composante européenne marquée depuis les années 1990 et ses directives traduites en droit français (Oiseaux, Natura 2000, Eau, Milieu marin…). Les questions liées à la biodiversité, à la protection des espaces naturels, à la qualité et à la gestion de l’eau et des zones humides, aux littoraux et au milieu marin, aux paysages et à la montagne, ou encore à la qualité de l’air, se sont progressivement traduites par des textes spécifiques.

La loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature, dont nous célébrerons le cinquantenaire dans les semaines à venir, fait figure de point de départ des ambitions françaises. Signataire de la Convention internationale de préservation des zones humides en 1986, la France s’est également engagée à conserver ses milieux remarquables et leurs fonctionnalités essentielles à la résilience climatique.

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Des idéaux mis à mal

Mais que sont devenus ces nobles idéaux environnementaux à l’aune des régressions écologiques, politiques, corporatistes et économiques de court terme ? Depuis l’injonction présidentielle de 2010, « l’environnement, cela commence à bien faire », après pourtant un Grenelle de l’environnement assez exemplaire sur la forme, l’enterrement discret des propositions de la Convention citoyenne pour le climat de 2020, et plus encore depuis les mobilisations agricoles de 2024, pas une semaine ne s’écoule en France sans amendements parlementaires ou décrets et circulaires gouvernementaux visant à régresser dans tous ces domaines.

Ces mesures mettent à mal des outils souvent jalousés à travers le monde, tels que le Conservatoire du littoral, l’Office français de la biodiversité ou encore les Commissions locales de l’eau.

La Camargue, révélateur local

La question de la préservation de la Camargue, plus vaste zone humide française métropolitaine, en est localement un révélateur explicite. Sa préservation a été obtenue de haute lutte par les Camarguais eux-mêmes dans les années 1960 avec la décision étatique de protéger le delta du Rhône du développement massif du tourisme de la Mission Racine à l’ouest et de la création de la zone industrialo-portuaire du golfe de Fos à l’est. Un Parc national était projeté, mais c’est finalement un Parc naturel régional qui a été instauré en 1970 face à l’opposition des grands propriétaires privés.

Un manque d’ambition regrettable

« On peut regretter aujourd’hui ce manque d’ambition », écrit Stéphan Arnassant, au constat des menaces de plus en plus prégnantes sur ce territoire et de l’inefficience des statuts de protection et des collectivités locales pour les contrer. Entre les projets de ligne Très haute tension qui doit traverser la Camargue pour alimenter la zone industrielle de Fos, d’autoroute en contournement d’Arles, de remplacement du bac de Barcarin par un pont routier, ou les conséquences du déploiement de la filière éolienne offshore au large, l’Unesco tire logiquement la sonnette d’alarme sur le maintien compromis du statut de la Réserve de biosphère de Camargue attribué en 1977. Le Parc naturel régional peinera à convaincre pour la révision de sa charte aujourd’hui périmée.

Nationalement ou localement, comment ne pas être dépité de ces ralentissements ou demi-tours alors que les crises écologiques et climatiques devraient nous imposer l’accélération ?

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