Calanque de Saména : dépollution enfin achevée pour l'été
Calanque de Saména : dépollution achevée pour l'été

Le 1er mai, la calanque de Saména sera enfin rendue aux riverains et aux touristes pour la saison estivale. Il y a quelques jours encore, des hommes casqués en combinaison blanche s'activaient sur le site pour aspirer les dernières poussières de polluants remués par les travaux. Les intempéries de l'hiver et la difficulté pour les entreprises de remplir leurs obligations ont retardé la fin du chantier de presque un mois. « Ce chantier est hors normes », relativise Rolland Dadena, président de l'Association santé littoral sud (ASLS), qui en est à l'origine avec l'Union calanques littoral et la Fédération d'action régionale pour l'environnement Sud.

Un héritage industriel toxique

En décembre 2024, ces trois associations ont obtenu la condamnation de l'État pour carence fautive, le contraignant à dépolluer les calanques d'ici au 30 juin 2028. Le « jardin des Marseillais », qui attire trois millions de visiteurs par an, fut tout au long des XIXe et XXe siècles le lieu de relégation de l'industrie métallurgique et chimique de la cité phocéenne. Un héritage qui empoisonne encore ses sols, où les teneurs en plomb, en arsenic, en mercure, en zinc et en cadmium dépassent encore aujourd'hui les seuils d'alerte.

14,9 millions d'euros de travaux

Dès 2005, l'Institut de veille sanitaire alertait sur les risques pour la santé et la biodiversité, mais il a fallu attendre la création du Parc national des Calanques en 2012 pour que l'Ademe lance des études, sans suite sur le terrain. D'où l'action en justice. Le 1er septembre 2025, l'État a ouvert, sous maîtrise d'ouvrage de l'Ademe, un chantier inédit entre Mont Rose et Callelongue. D'un montant de 14,9 millions d'euros, financé pour moitié par l'État, il concerne 20 dépôts de scories sur 77 identifiés, là où ils sont les plus accessibles avec des concentrations élevées en métaux. L'Ademe a privilégié l'évacuation des dépôts et, quand cela n'était pas possible, a créé des ouvrages de confinement en harmonie avec le paysage. Ainsi à Saména, des restanques ont été reconstituées.

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Pression sur l'État

Tout au long des travaux, l'Ademe a limité la dispersion des poussières à l'aide de systèmes d'aspiration et surveillé la qualité de l'air, sans dépassement des valeurs réglementaires. « Pour autant, un tel chantier mériterait un dispositif d'information plus efficace des riverains qui s'inquiètent légitimement », estime le député Laurent Lhardit (PS), bien décidé à mettre une « pression constante » sur l'État pour garantir la dépollution des 77 dépôts. Les travaux reprendront en septembre pour les 20 premiers sites. L'ASLS espère que la préfecture lancera prochainement des études. Mais ce qui inquiète surtout les associations, c'est la friche de Legré Mante, une ancienne usine de plomb et d'acide tartrique située en bordure du Parc national des calanques.

Des projets privés contestés

Fermée en 2009, objet d'un premier projet immobilier retoqué en 2013 par la justice, elle a été rachetée en 2017 par Ginkgo, société d'investissement du groupe Rothschild spécialisée dans la régénération urbaine, qui y a présenté un premier programme de 332 logements. Autorisé par la ville, il a été contesté par les associations pour non-respect de la loi « littoral » et dépollution insuffisante, et annulé par la justice en 2024. Depuis, Ginkgo a réduit son projet à 150 logements et attend le permis de construire de la mairie de Marseille. Tout juste réélu, Benoît Payan prévient qu'il va falloir « transiger » entre les réticences des habitants et l'intérêt pour les finances de la collectivité.

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Mais pour les associations, le compte n'y est pas. Elles reprochent à Ginkgo de recourir à des méthodes de dépollution trop superficielles : « un grattage de seulement 50 centimètres des terres polluées, un traitement des hydrocarbures, mais pas des métaux lourds, et la brumisation plutôt que l'aspiration des poussières toxiques », liste l'ASLS. « Le chantier exemplaire que mène l'État devrait s'appliquer à Legré Mante. Or, la préfecture ne joue pas son rôle de police de l'environnement, déplore Rolland Dadena, qui rappelle que le jugement de décembre 2024 obligeait l'État à contraindre Ginkgo à entamer la dépollution avant octobre 2025. Ce que refuse l'entreprise tant qu'elle n'a pas obtenu son permis de construire. » Les associations ont lancé un recours en exécution. Contacté, Ginkgo n'a pas donné suite à notre demande.