Algues vertes en Bretagne : l'État condamné pour inaction écologique
Algues vertes : l'État condamné pour inaction

Elles sont de retour. Dans la baie de Saint-Brieuc, les algues vertes ont déjà envahi les plages en masse, alors que l'été n'a pas encore officiellement commencé. Favorisées par les fortes chaleurs et un hiver peu agité qui ne les a pas dispersées, ces algues s'échouent depuis plusieurs jours sur les étendues de sable des Côtes-d'Armor. Un cycle sans fin se répète.

L'État pointé du doigt par la justice et la Cour des comptes

L'État français en fait-il assez pour lutter contre ce fléau qui pollue la Bretagne depuis des décennies ? Dans un nouveau pré-rapport dévoilé ce mardi par Ouest-France, la Cour des comptes répond par la négative. Elle n'est pas la seule à critiquer l'inaction publique. Ce même mardi, la cour d'appel de Nantes a également tancé l'État pour son manque d'action et l'a de nouveau condamné pour préjudice écologique. Elle lui a ordonné de réparer de toute urgence, notamment en réduisant « significativement le surplus de déversement d'azote dans les masses d'eau superficielle dans la baie de Saint-Brieuc ».

La baie de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) est régulièrement recouverte d'algues vertes, que les collectivités doivent ramasser avant qu'elles ne pourrissent. La cour d'appel a enjoint au préfet des Côtes-d'Armor d'agir « dans un délai de six mois » pour réparer ce préjudice et prévenir « l'aggravation des dommages ». Dans son arrêt consulté par 20 Minutes, la cour demande également qu'une réglementation « adaptée à la maîtrise de la concentration en azote des eaux superficielles » soit établie et surtout contrôlée. Des contrôles plus nombreux et plus rigoureux sont exigés, notamment dans les grandes installations agricoles, en référence aux immenses fermes porcines qui polluent les sols et les eaux de la région.

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Un combat militant de longue haleine

En première instance, l'association Sauvegarde du Trégor-Goëlo-Penthièvre avait déjà obtenu une victoire similaire. Un véritable encouragement pour ses militants acharnés qui luttent depuis des années contre les géants de l'agriculture intensive. « Tout ça montre que nous avons raison de nous mobiliser. Ce n'est pas qu'un sujet agricole ou environnemental. C'est un sujet de santé publique. Les algues vertes ne sont que la face visible de l'iceberg. Mais le problème est bien plus vaste. Le problème, c'est la qualité de l'eau. Il n'y a plus de vie, plus de biodiversité », critique André Ollivro, militant historique de la cause. Chez lui, la plage de la Granville, à Hillion, est déjà tapissée d'algues vertes. « C'est du jamais vu au mois de juin », assure-t-il.

André Ollivro a fondé l'association Halte aux marées vertes et lutte depuis vingt-cinq ans contre le phénomène des algues vertes qui pollue sa plage de la Grandville. Dans un rapport qui devrait être rendu public début juillet, la Cour des comptes étrille de nouveau l'État, comme elle l'avait fait en 2021. Un document aujourd'hui entre les mains des partenaires mais qui confirme ce que tout le monde savait déjà. Oui, la prolifération des algues vertes est bien « la conséquence directe de concentrations excessives de nitrates dans les cours d'eau », rapporte Ouest-France. Et oui, ces nitrates proviennent bien « à plus de 90 % de l'activité agricole ».

Des progrès insuffisants et de nouvelles menaces

S'il faut reconnaître quelques améliorations dans plusieurs des huit baies placées sous surveillance, on peut aussi noter une stagnation des échouages dans d'autres territoires pourtant surveillés. L'autre problème, c'est que les huit baies identifiées ne sont pas les seules concernées par les échouages. Depuis quelques années, les vasières posent d'énormes problèmes aux collectivités, qui sont dans l'incapacité de ramasser les ulves dans ces lieux inaccessibles. « Il faut que l'on arrive à les ramasser en mer », insiste André Ollivro. Avant de corriger : « Mais ce qu'il faut surtout, c'est réduire les concentrations en nitrates dans tous les cours d'eau. » Le chantier est immense, tout comme le lobby agricole qui se mobilise pour l'en empêcher.

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