Depuis 28 jours, un phénomène inédit inquiète les spécialistes de la faune marine en Méditerranée. Des raies mobula mobular, également appelées diables de mer, s'échouent en nombre croissant sur le littoral héraultais, notamment à Vias, Agde, Sète, Marseillan, l'étang de Thau et Mèze. Les causes de cet afflux restent encore inconnues, mais les scientifiques et associations se mobilisent pour comprendre et protéger cette espèce emblématique.
Une espèce menacée en Méditerranée
Le diable de Méditerranée, ou mobula mobular, est une raie emblématique de la mer Méditerranée. Sa population aurait diminué de plus de 50 % en un demi-siècle. Selon Matthieu Lapinski, président de l'association Ailerons basée à Montpellier, il s'agit de l'une des raies volantes les plus menacées au monde. Pourtant, comme le requin, elle n'est pas protégée en France métropolitaine.
Des échouages sans précédent
Depuis 28 jours, les échouages se multiplient en Méditerranée : en Corse, à Bormes-les-Mimosas, Saint-Raphaël, Nice, le Lavandou, puis dans l'Hérault. Les raies sont observées remontant le long des côtes espagnoles, françaises et italiennes. Matthieu Lapinski souligne qu'il s'agit d'un phénomène inédit : "Nous n'avons jamais vu ça. C'est la première fois au monde qu'une raie mobula est retrouvée dans une lagune salée, l'étang de Thau, ou dans les canaux à Sète." Il ajoute qu'une naissance a même été observée sur la plage de Vias, la seconde dans le monde après celle en Espagne l'an dernier. Beaucoup pensaient qu'il y avait deux raies échouées, mais il s'agissait d'une femelle et de son juvénile, la mère ayant donné naissance sous l'effet du stress.
Les causes encore inconnues
Sylvain Blouet, de l'aire marine protégée d'Agde, confirme une vigilance accrue. "Nous avons peu d'informations sur les raisons des échouages. Peut-être sont-ils en mauvaise santé, mais nous n'en sommes pas certains." Une raie retrouvée morte avait l'estomac vide, mais les conclusions restent incertaines. Les spécialistes avancent des hypothèses, mais sans preuves scientifiques solides.
Un manque de connaissances et de protection
Les observateurs sont en état de crise face à ce pic d'échouages. Matthieu Lapinski déplore le retard pris dans la gestion de ces animaux : "Le retard que nous avons pris met en évidence notre manque de connaissance sur cet animal. Nous savons que les raies mobula sont très sensibles au stress. Nous manquons aussi de renseignements sur les risques sanitaires." Il félicite les sauveteurs qui se mobilisent pour ramener les raies au large avec précaution.
Des sauvetages suivis en direct
Tous les sauvetages sont coordonnés en direct pour guider les intervenants et éviter de blesser les animaux. Une certitude : toutes les raies aperçues sont différentes. Ces poissons épipélagiques vivent près de la surface, mais sur des fonds de plus de 1 000 mètres, ce qui les rend vulnérables au trafic maritime et à la pêche accidentelle.



