Le projet de loi Ripost, qui prévoit le durcissement de la répression des free parties, suscite l'inquiétude dans le monde de la musique électronique. Alors que le texte sera soumis à un vote solennel au Sénat mardi 26 mai, les passionnés d'électro se rassemblent jusqu'au dimanche 24 mai au Millésime festival, à La Réole. Cet événement festif, porté par le maire Bruno Marty, se veut un symbole de résistance. « Danser n'est pas un crime », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux mercredi 20 mai pour promouvoir le festival, qui devrait attirer jusqu'à 6 000 personnes par soir.
Un appel à l'encadrement plutôt qu'à la répression
Pour Bruno Marty, la répression est contre-productive : « S'il y avait plus de collectivités prêtes à les accueillir, il y aurait moins d'illégalité. C'est surtout la répression qui pousse ces passionnés à organiser des free parties. » Michaël Gérard, codirecteur du Millésime festival, abonde : « Je trouve que l'État se plante de vouloir les réprimer. Il faut plutôt les encadrer. Les jeunes n'arrêteront jamais, il y aura toujours des free parties. »
Les mesures de la loi Ripost
La loi Ripost pourrait considérablement durcir les sanctions. Si les propositions du Sénat sont adoptées à l'Assemblée, l'organisation d'une free party deviendrait un délit passible de deux ans de prison et 30 000 euros d'amende, contre une simple contravention actuellement. Les participants risqueraient jusqu'à six mois de prison et 7 500 euros d'amende, ou une amende forfaitaire de 1 500 euros. De plus, le seuil de déclaration en préfecture serait abaissé de 500 à 250 participants.
Un risque d'effet inverse
Joël Tambour, alias Suburbass, DJ présent au Millésime festival, rappelle un précédent : « En 1995, la circulaire du ministère de l'Intérieur intitulée ''Les rave-parties, des situations à hauts risques'' a eu un effet détonateur. En stigmatisant toute une culture, elle a provoqué l'effet inverse et contribué à l'explosion du mouvement free party illégal en France. Elle a poussé de nombreux organisateurs dans la clandestinité, faute de cadre viable et de dialogue. »
La créativité en danger
Le Millésime festival, décrit comme un « festival de techno underground », n'est pas une free party mais attire un public habitué aux soirées clandestines. Paul-Louis Durieux, codirecteur, souligne l'importance des free parties pour l'émergence des talents : « Combien de DJ méga connus ont fait leurs armes dans les free parties ? C'est un milieu qui permet à de jeunes musiciens de faire leurs premières armes. Sans ça, tu perds un pan de la créativité. » Suburbass craint que la criminalisation des free parties fragilise les festivals légaux : « Le mot rave dans les textes de loi peut influencer la décision d'annuler un événement légal. Beaucoup de festivals subissent des pressions des autorités locales, c'est pourquoi nous en avons tant perdu. » Le Millésime, indépendant financièrement et soutenu par la ville, évite cet écueil.



