Puppy play : entre quête de soi, lien social et sexualité, une pratique en plein essor
Puppy play : entre quête de soi, lien social et sexualité

Le puppy play, une pratique en pleine expansion

Longtemps cantonné à la sphère privée, le puppy play, qui consiste à incarner un chiot (un pup), gagne aujourd'hui en visibilité. Dans certains quartiers festifs ou alternatifs, il n'est plus rare de croiser des pratiquants arborant fièrement leur hood. Derrière cette esthétique intrigante se cache une réalité où se mêlent exploration de soi, besoin de lien social et recherche de bien-être.

Le 14 avril, un homme a été jugé à Nîmes pour corruption de mineurs et détention d'images pédopornographiques. Présenté comme adepte du puppy play, ce cas individuel ne reflète toutefois pas l'ensemble d'une pratique méconnue aux réalités bien plus larges et diverses.

Une communauté en expansion

À l'échelle mondiale, selon les données de Pupspace.net, principal réseau social international dédié exclusivement à la communauté du Puppy Play, on recense environ 30 600 pups. À ce chiffre s'ajoutent de nombreux pratiquants non inscrits sur cette plateforme, comme le suggèrent nos témoignages. Les interactions et la visibilité de cette communauté sont aujourd'hui bien plus importantes sur les réseaux sociaux, notamment Instagram. Il reste toutefois difficile d'en estimer précisément l'ampleur, car une grande partie des adeptes pratique le puppy play dans la sphère privée.

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“Chacun vit le puppy de manière très différente”, explique Pinky, pup parisien depuis près d'un an, contacté par Midi Libre. Il en est de même pour les différents rôles que peuvent prendre les pratiquants. Les quatre statuts du puppy play sont : Alpha, Bêta, Oméga et pouic-pouic. L'Alpha est le leader et protecteur émotionnel. Le pouic-pouic est joueur et docile, tandis que l'Oméga, bien que soumis, garde une certaine résistance. Le Bêta agit en switch : soumis à l'Alpha mais dominant les autres. Enfin, un Maître (non puppy) peut se placer au sommet de la hiérarchie, dominant ou remplaçant l'Alpha. Ces rôles sont néanmoins, selon Pinky, “des cases stéréotypées dans lesquelles s'identifient ou non les pratiquants”. Elles restent toutefois assez poreuses, avec des contours parfois flous selon de nombreux facteurs.

Pour Cathline Smoos, sexologue à Montpellier, si la pratique se développe, c'est davantage sur le rapport “contre-culturel festif”. Le port du masque est utilisé pour son côté fun et choc, bien plus que pour le côté sexuel.

Un milieu hypersexualisé

Mais cette sous-culture, née dans les communautés cuir des années 1980, s'est bel et bien développée dans la lignée des mouvements BDSM apparus dès les années 1940. “C'est un milieu qui est hypersexualisé”, confie Pinky. La pratique du puppy play repose souvent sur des dynamiques codifiées de domination et de soumission. Bien que cette pratique soit propre à chacun, un point commun entre tous est que le plaisir repose sur le fait d'incarner un chien et d'en adopter les codes.

Si la plupart des pratiquants sont là pour “explorer de nouveaux jeux, de nouveaux rôles dans la sexualité”, pour certains, il s'agit d'un “fétichisme sexuel” qui peut parfois relever d'un “trouble obsessionnel compulsif”, souligne Cathline Smoos. La sexologue précise d'ailleurs recevoir des patients en consultation qui souhaitent parfois “s'extraire du jeu” pour retrouver une “sexualité un peu normale”.

Très présente sur des plateformes comme VRChat, cette pratique se détache parfois du BDSM pour se concentrer sur un besoin de sécurité et de tendresse. La relation s'apparente alors à un lien de protection, “comme une maman avec son petit chien”, explique-t-elle, qui se concrétise par des caresses ou des gratouilles. Pour Pinky, c'est aussi avoir des copains “avec qui on peut sortir, avec qui on peut manger, avec qui on peut discuter” et “s'associer avec des gens qui nous ressemblent, qui nous comprennent, qui ne nous jugent pas trop”.

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“Être puppy”, un état d'esprit au quotidien

Si certains vivent le puppy play comme un jeu, d'autres l'envisagent carrément comme une extension d'eux-mêmes. “Une fois qu'on rentre dans notre personnage de pup, on devient notre identité pup”, assure Pinky. Ce basculement dans le headspace, un état mental immersif, permet de s'affranchir des responsabilités et de la pression de la vie courante. “Ils peuvent s'abandonner, ils n'ont plus à penser, plus à choisir, et c'est ça l'avantage”, explique Cathline Smoos. “C'est un état d'esprit de lâcher-prise avant tout”, confirme Loufy, président d'une association de puppy play parisienne.

Cette hood (masque) est justement beaucoup plus importante qu'on ne pourrait le croire. Simple accessoire pour certains, elle joue pour beaucoup le rôle de bouclier contre l'anxiété et l'isolement social. “Il y a beaucoup de personnes qui vont avoir des soucis liés à l'anxiété sociale. Des personnes très timides, introverties, qui n'osent pas sortir en dehors des événements de l'association”, témoigne Loufy. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il a créé son association à Paris. Fondée il y a environ un an, elle rassemble aujourd'hui près de 130 adhérents. L'objectif est de proposer des événements réguliers en plus des rencontres tous les vendredis dans un bar parisien, comme des pique-niques ou un grand festival prévu en juin à Paris, mêlant soirées technos, apéros, ateliers de prévention et tables rondes.

Un cadre strict pour une “safe place”

Pour éviter des dérives entre les pratiquants, certains rédigent des contrats. “C'est à la fois une manière fun de signifier l'appartenance, mais c'est aussi, pour certains, un bon outil pour délimiter les contours d'une relation”, assure Pinky. Selon Loufy, cette liberté de pratique repose aussi sur un cadre donné par les associations. Il insiste sur l'importance de l'instauration de règles simples face au manque de bon sens de certains. Parmi ces règles tacites, la priorité reste le respect physique : “On ne touche pas quelqu'un sans son consentement”, explique-t-il.

Pour éviter les incidents et assurer une safe place, des référents identifiables sont mis en place à chaque soirée pour veiller à ce que personne ne soit importuné : “On est reconnaissables grâce à un petit brassard avec notre nom dessus”. Lors d'événements plus importants, l'association déploie même des Angels, des personnes chargées d'observer la salle pour intervenir si un comportement devient inapproprié.