Pourquoi les odeurs de Noël nous émeuvent-elles autant ?
Pourquoi les odeurs de Noël nous émeuvent-elles ?

Ça sent Noël (1/6) : cannelle, sapin, cheminée… Mais pourquoi sommes-nous aussi émus par ces odeurs ? Noël, notre sélection abonnés. Publié le 20/12/2025 à 11:03, mis à jour à 11:08. Article rédigé par Elise Do Marcolino, Midi Libre.

Les parfums de Noël et leurs émotions

Sentez-vous la fête approcher ? La cheminée est allumée, le sapin décoré et d’agréables vapeurs de cannelle et de chocolat flottent dans l’air. Pour sa série de Noël cette année, Midi Libre s’est intéressé aux parfums. Mais, au fait, que sentent les fêtes ? Quelles notes les symbolisent le mieux ? Pourquoi est-ce si important pour nous d’embaumer nos intérieurs de ces effluves ? Dans ce premier épisode de notre série "Ça sent Noël", on s’intéresse aux odeurs des fêtes de fin d’année et aux émotions qu’elles provoquent.

"L’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir." Citer Marcel Proust, Du côté de chez Swann, ça, c’est fait. On ne pouvait pas dédier une série aux odeurs de Noël sans le citer. Maintenant, intéressons-nous plus concrètement à cette madeleine de Proust. À ces sablés, ce pain d’épices, ces chocolats chauds, ou à ces cheminées. Comment se fait-il que ces senteurs qui reviennent chaque année nous émeuvent autant ?

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"Pour moi Noël, c’est la cannelle, le pain d’épice, c’est chaleureux", nous glisse un jeune homme rencontré au marché de Noël de Montpellier. "Et le fromage, la raclette, le vin chaud !", ajoute son ami en souriant. On hoche tous la tête. Nous sommes d’accord : Noël, c’est la fête, la joie, la chaleur humaine et la gourmandise.

Une odeur, un souvenir

Et c’est plutôt logique que les senteurs de Noël réveillent ces émotions et ces plaisirs en nous. "La première explication, c’est que la région qui gère les odeurs dans le cerveau est toute proche du circuit qui gère les émotions et la mémoire", explique sur Europe 1 la neuropsychologue Sylvie Chokron. Nichée entre notre hippocampe et notre système limbique, la région responsable de la perception olfactive n’a pas le choix : une odeur, c’est forcément un souvenir et une émotion.

Nous sommes nourris par nos parents, nous héritons des odeurs qui y sont associées. Ces associations remontent à nos premières semaines de vie. "Les odeurs s’inscrivent dans notre mémoire, peut-être plus que les goûts eux-mêmes, explique à Midi Libre le sociologue spécialisé dans l’alimentation Eric Birlouez. Elles sont associées à des événements qui peuvent être très anciens, qui remontent parfois à la petite enfance. Avec Noël, la dimension festive et familiale s’ajoute."

Avant même de voir correctement, avant même de commencer sa diversification alimentaire, avant de se lever, de ramper, de toucher, de trifouiller… Un bébé sent son environnement. C’est l’un de ses premiers contacts avec le monde. À ces souvenirs, très personnels, se greffe une dimension culturelle. Nous apprenons dès notre enfance à apprécier certaines odeurs. "Nous sommes nourris par nos parents, nous héritons des odeurs qui y sont associées. C’est pour cela que nous peinons à changer nos habitudes alimentaires ou que nous avons du mal à apprécier certaines saveurs."

"On a besoin de réconfort en cette saison"

Alors forcément, les odeurs de Noël réveillent notre enfant intérieur. Elles nous rappellent ce 24-Décembre, quand toute la maison sent la farce, le vin ou le chocolat. La décoration du sapin, les épines sur le parquet du salon. Les plats qui mijotent déjà pendant qu’on mange des sablés de Noël au petit déjeuner. Le ventre qui gargouille, l’excitation qui monte alors que les premiers invités arrivent. La soirée de Noël est alors imminente. Les cadeaux aussi. C’est tout ça que réveillent des effluves de cannelle et d’orange.

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Par ailleurs, pendant les fêtes, il fait froid, terne, humide… Le paysage et nos assiettes perdent leurs couleurs, tout devient fade. Proposer un biscuit à la cannelle à un Français à Noël, c’est comme donner de l’eau à un homme assoiffé dans le désert. C’est la panacée. "On a besoin de réconfort en cette saison", analyse la spécialiste des parfums Caroline Jauffret-Redon, auteure du livre Montpellier, capitale ancestrale du parfum. Avant de détailler : "D’abord, on pense à la cheminée pour se réchauffer, à l’odeur de fumée. Ensuite, on va être porté vers des boissons chaudes, du vin, du chocolat chaud, parfois on va ajouter du gingembre ou de la cannelle pour rajouter un côté épicé plus réconfortant. C’est pour ça que les épices symbolisent Noël. C’est une période durant laquelle on en a besoin."

Les odeurs de Noël réveillent nos souvenirs d’enfance. Pourquoi sentir de l’eau de fleur d’oranger nous apaise ? Car nos grands-mères en mettaient dans leurs madeleines, leurs crêpes. Pourquoi une odeur de cheminée nous rassure ? Parce que nos parents entretenaient le feu toute la journée quand nous étions enfants. Pourquoi le parfum d’une bibliothèque nous fascine ? Parce que le soir avant de dormir, on nous a lu de grands albums gorgés d’encres qui portaient ces senteurs si caractéristiques. Impossible de s’arrêter là sans revenir à Marcel Proust. Oui, les odeurs des fêtes portent “l’édifice immense du souvenir”.