Le bateau de l'ONG environnementale Plastic Odyssey fait escale à Bordeaux et La Rochelle après un tour du monde de trois ans sur les côtes envahies par les déchets synthétiques. Des solutions de recyclage utile existent, mais le plus important est ailleurs : couper le robinet du plastique.
Une hémorragie de plastique
« Il faut cesser cette hémorragie de plastique », martèlent les membres de l'équipage du Plastic Odyssey. Le navire-laboratoire de l'ONG environnementale est amarré depuis le samedi 25 avril sur le quai Richelieu de Bordeaux. Cet outil flottant d'éveil des consciences multiplie les actions pour freiner le torrent de matières synthétiques. La pollution liée à la décomposition des polymères est un cancer mondial. Même le groupe de rock Elmer Food Beat, plus inquiet par le sida dans les années 1990, a fini par changer de combat en revisitant son tube « fantastique » : « Le plastique, c'est dramatique ».
En tenant compte de la production annuelle mondiale qui tourne autour de 450 millions de tonnes par an, le total cumulé de la fabrication de ce super-matériau dépasserait désormais les 10 milliards de tonnes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, selon les derniers chiffres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Seulement 9 % ont été recyclés, 12 % ont été incinérés. Le reste s'est accumulé dans nos maisons, nos décharges et s'est dispersé dans la nature. Ce ne sont pas des activistes verts mais le ministère de l'Écologie lui-même qui l'affirme : la montagne de déchets qui suit la pente ascendante de la production est « hors de contrôle ». Données publiées en 2024 dans Sud Ouest. Sources : AFP et OCDE.
Prendre le problème à la source
Les études prouvent que les polymères peuvent s'incruster dans la chaîne alimentaire et les tissus vivants. Eau, nourriture, air : nous ingérons des micro ou nanoplastiques. Peut-être pas l'équivalent d'une carte bancaire chaque semaine, mais suffisamment pour mettre notre santé sous blister. « Le lien entre maladies et plastiques est scientifiquement prouvé », alerte le Girondin Alexandre Dechelotte. Le cofondateur de l'ONG Plastic Odyssey met le doigt au milieu du triangle de l'inaction : « Les consommateurs renvoient la balle aux industriels qui renvoient la balle aux législateurs et ainsi de suite. Tout le monde a en tête l'image de la tortue qui s'étouffe avec un sac plastique. Cela ne suffit pas, on continue d'acheter des produits emballés. »
La source du problème est sur terre. En mer, c'est trop tard, 20 tonnes de plastique se déversent chaque minute dedans. On ne retrouve que 1 % des déchets plastiques à la surface de l'eau. Le reste, ce sont des microparticules immergées. Les scientifiques appellent ça le mystère plastique. C'est plus dur de récupérer cette matière que d'aller sur la Lune, compare le cofondateur de Plastic Odyssey. Deux des plus grosses sources de pollution sont l'abrasion des pneus et le lavage des vêtements synthétiques dans nos machines à laver.
La guerre au Moyen-Orient détourne les projecteurs. Le monde industriel s'inquiète de l'explosion des prix et d'une possible pénurie de polyéthylène et de polypropylène, les plastiques les plus courants, issus à 80 % du pétrole. « Le vrai problème n'est pas le prix du plastique, c'est son utilisation. Il faut baisser sa consommation et sa production », insiste le chef d'expédition bordelais, qui mène ce combat depuis dix ans avec son collègue breton de la marine marchande Simon Bernard.
« Bombe à retardement »
Plastic Odyssey est parti à l'abordage de la pollution plastique à travers le monde. Le navire a visité tous les continents, même le septième, cette gigantesque soupe de déchets en décomposition qui mijote au milieu de l'océan Pacifique. Le député MoDem Philippe Bolo, expert de la question, parle de « bombe à retardement » dans le podcast Greenletter Club : « Si nous ne faisons rien, les effets cumulatifs de la pollution plastique vont apparaître rapidement avec un point de non-retour. Les solutions existent. On ne va pas se passer de tous les plastiques mais on peut déjà mettre l'accent sur ceux qui sont réutilisables et sur l'économie circulaire. »
Micro-usines de transformation
Plastic Odyssey milite pour régler le problème à la source. Le recyclage n'est qu'une solution de dernier recours. « Il faut trouver des pistes pour valoriser ces déchets qui ne sont pas considérés comme rentables dans la plupart des pays. » Une micro-usine de transformation de déchets plastiques fonctionne à bord du navire. Le plastique est fondu et transformé en briques, planches, chaises, tables, etc. Une solution à bas coût : « Environ 150 000 euros, contre 3 à 10 millions pour une unité classique en France », chiffre l'ONG. Plusieurs modules ont déjà été installés en Afrique et en Asie. « Nous voulons répliquer ce modèle à grande échelle. »
À Bordeaux, le laboratoire de l'économie circulaire Darwin s'est porté candidat pour accueillir une micro-usine dans les prochains mois. De quoi transformer tous les déchets plastiques récupérés dans la Garonne et l'estuaire. www.plasticodyssey.org



