Pour la première fois depuis sa détection en 2004, le frelon asiatique fait l'objet d'un plan national de lutte. L'annonce du gouvernement, le 27 mars 2026, a créé la surprise. Une mobilisation générale est décrétée, mais les apiculteurs doutent de son efficacité. Dans l'immédiat, ils ne seront pas indemnisés.
Un plan national attendu depuis longtemps
Le SOS des apiculteurs, entendu par le sénateur du Lot-et-Garonne Michel Masset, n'aura pas été vain. Après des années d'abnégation, l'élu de Nouvelle-Aquitaine peut se réjouir que l'État passe enfin à l'action. Sa loi « visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole » avait été adoptée le 14 mars 2025 après avoir été ajournée à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale. Le décret d'application a été publié le 29 décembre 2025. Et, le 27 mars 2026, Mathieu Lefèvre, ministre de la Transition écologique, a lancé un plan national de lutte contre le frelon asiatique. Son efficacité ne pourra être évaluée que fin 2027. Les reines frelon se réveillent en effet fin février puis pondent. Il est donc trop tard pour les stopper cette saison, les nids sont déjà là.
Une prolifération devenue cause nationale
La prolifération exponentielle du frelon asiatique dans le pays est devenue une cause nationale. L'animal avait été repéré pour la première fois en 2004 dans le Lot-et-Garonne, à Hauterive et Bourgougnague. Aujourd'hui, l'intrus, importé de Chine par mégarde, est présent dans tous les départements. « L'éradication complète de l'espèce n'est actuellement plus envisageable », est-il affirmé dans le plan. Cela « conduit à privilégier des stratégies de gestion et de limitation de ses effets ». L'État estime que ce frelon est responsable chaque année de la mort de 20 % des abeilles domestiques. En plus de nuire à la pollinisation des fleurs et de menacer les habitants (de 10 à 20 décès par an).
Des initiatives jusqu'ici éparses
« Jusqu'à présent les initiatives étaient éparses et différentes selon les territoires », reconnaît le ministre. Bon nombre d'actions ont été décidées par des communes, en lien avec les groupements de défense sanitaire apicoles. À l'échelle des territoires, l'État s'en remettait à Fredon, un organisme sans but lucratif chargé de la surveillance sanitaire des végétaux. Pourquoi lui ? « Parce que le frelon asiatique nuit à la pollinisation des plantes en tuant les abeilles », dit l'un de ses responsables. Lequel reconnaît, compte tenu du manque de moyens, que « la lutte anti-frelon est un sujet qui n'a pas été pris à bras-le-corps ». En Charente-Maritime, à Poursay-Garnaud, les techniciens de l'organisme Fredon, missionné par les pouvoirs publics, ont sensibilisé, en février 2026, les écoliers au danger des frelons asiatiques. En Gironde, le Conseil départemental a bien essayé, en 2024, via une campagne de communication, de mobiliser les communes contre l'insecte… sur la base du volontariat. De son côté, la préfecture de région Nouvelle-Aquitaine se limitait à communiquer « des préconisations mises en ligne sur Internet ». L'institution a découvert l'existence du plan gouvernemental dans la presse.
Des plans départementaux obligatoires
Comme ses homologues de France métropolitaine, il lui faut dès maintenant élaborer une stratégie avec les acteurs locaux. « Des plans départementaux seront adoptés dans les six premiers mois ; ils reposent sur les préfets », confirme le ministère de la Transition écologique et de la Biodiversité. Tout cela convergera vers un « comité national » financé à hauteur de 100 000 euros. Les mesures seront prises « en fonction de la pression de prédation », selon des zones prioritaires. Outre un soutien à la recherche, la destruction des nids, le piégeage et des dispositifs de protection des ruches sont prévus. Quel sera le rôle des communes ? Les particuliers seront-ils indemnisés ? Qui bénéficiera des aides ? Rien n'est encore défini.
Des apiculteurs déçus par le plan
« Ce plan est une bonne chose, mais le compte n'y est pas », commente Pierre Verger, président du Syndicat apicole de la Gironde. Pour l'Union nationale de l'apiculture française, « ce plan est incomplet et insuffisant », bien loin des « 110 millions d'euros jugés nécessaires pour protéger les ruches ». Le plan est doté d'« un budget exceptionnel de 3 millions d'euros par an – c'est déjà six fois plus que les 500 000 euros du Fonds vert alloués en 2025 », se défend le ministère de l'Écologie. Soit, sur six ans, 12 millions d'euros. Avec ce gros bémol, cependant : cette somme ne concerne pas les indemnisations des apiculteurs victimes du frelon asiatique. « L'indemnisation des apiculteurs, également prévue par la loi, constitue un dispositif distinct du plan national de lutte », avertit bien le ministère de l'Écologie. Or, selon le sénateur lot-et-garonnais Michel Masset, « il est crucial de faire à la fois de la prévention et de l'indemnisation [évaluée officiellement à 12 millions d'euros par an] afin d'éviter que certains professionnels ne perdent toute leur activité ». Néanmoins, salue-t-il, « ce plan représente une première étape importante ». Et – enfin – une application de la législation.



