À Bourdeilles, une épicerie participative et locale gérée par des bénévoles
Épicerie participative à Bourdeilles : tout sur le bénévolat

À Bourdeilles, en Dordogne, une association a créé un commerce alimentaire qui propose des produits majoritairement locaux. Des travaux aux commandes, en passant par la mise en rayon et la tenue de la caisse, tout repose sur le bénévolat.

Une épicerie de village pleine de vie

« Il reste des cabécous ? » En ce samedi après-midi, l’épicerie La Bourdeillaise est pleine de vie. L’équipe à la caisse n’a pas une minute de répit. Les paniers se remplissent et les papotages s’enchaînent entre les poireaux, les fromages, les œufs tout frais de la ferme, le vrac et les étagères de conserves ou de boissons. Comme son nom l’indique, l’endroit se trouve au cœur de Bourdeilles. Une année après le lancement de la démarche, l’association support du projet a relevé son défi et elle a pu ouvrir, fin mars, ce commerce. Une boutique participative et citoyenne gérée de A à Z par des bénévoles, habitants jeunes et moins jeunes de ce village de 785 âmes.

Un besoin local

Parmi les piliers de l’équipe, Pauline Dardailler plante le décor : « Nous n’avions plus d’épicerie, il fallait aller à Lisle (à 8,5 km) ou Brantôme (à 12,5 km) pour faire les courses. » Cela voulait dire du temps passé sur la route, de l’argent dépensé pour remplir le réservoir et un impact carbone non négligeable. Il s’agissait de créer un « lieu qui permet à toutes et tous de trouver les produits essentiels du quotidien, à des prix équivalents ou inférieurs à ceux de la grande distribution, sans avoir à prendre la voiture ».

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Un lieu de vie

Mais pourquoi ne pas avoir créé une supérette « sans contact », comme on en voit fleurir ici et là dans les campagnes ? « On n’en avait pas très envie », reconnaît Pauline Dardailler. Et d’expliquer : « Nous voulions que l’on puisse venir pour faire ses courses, mais aussi pour le plaisir. » D’où l’espace qui permet de « se poser et boire un café à un prix libre, bouquiner » en piochant parmi les livres à consulter sur place ou ceux à donner, stockés dans l’entrée. L’aventure semble bien partie : « Tous les jours ou presque le chiffre augmente. On a passé les 80 adhérents. »

Des produits locaux et trois prix

« Nous avons envie de bien manger sur notre lieu de vie. On se réapproprie notre consommation en évitant la malbouffe », martèle la jeune femme qui a elle-même tenu un commerce de vrac. Du poulet d’Agonac, du fromage de chèvre de Cercles, des œufs de Château-l’Évêque, du miel de Saint-Julien, des poireaux de Bourdeilles… L’approvisionnement s’appuie sur les producteurs des alentours. Pauline Dardailler précise : « On favorise le local plutôt que le bio, mais si nous arrivons à trouver les deux, c’est encore mieux. Nous avons une trentaine de fournisseurs et environ 200 références. On veille bien à ne pas être moins chers qu’eux en vente directe, on ne doit pas être leurs concurrents. »

Trois prix sont affichés sous chaque produit : celui pour les bénévoles, 5 % de plus que le prix coûtant ; celui pour les « seulement adhérents », 15 % de plus ; celui pour les clients de passage, 25 % de plus, assorti d’un forfait de 3 euros. « Des noix de cajou bios en vrac autour de 11 euros le kilo, c’est imbattable », vante Pauline Dardailler en comparaison avec les 17 ou 18 euros souvent affichés en grande surface.

Un fonctionnement basé sur le bénévolat

« Nous arrivons à réduire nos marges au maximum grâce au bénévolat, insiste-t-elle. Pour chaque bénévole, cela représente environ deux heures par mois. Le propriétaire nous prête le local. On a pu se lancer avec beaucoup plus de débrouille que d’argent, quelques milliers d’euros réunis grâce à des dons, des prêts de Pampaligossa (une autre association de Bourdeilles) et de particuliers. Il fallait que ça parte des habitants. »

La Bourdeillaise fonctionne avec sept commissions autonomes (une en charge des approvisionnements, l’autre des finances, etc.) et autant de coprésidents. « Six sont des coprésidentes, nous avons un seul homme sur les sept », pointe Pauline Dardailler en affirmant : « Ce projet est profondément féministe par son horizontalité. Il y a des artisans, des profs, des intermittents du spectacle, des retraités mais beaucoup d’entre nous ont un profil associatif et engagé. »

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Un succès auprès des habitants

Danièle, retraitée de bientôt 70 ans, venue acheter quelques légumes ce jour-là et qui a donné un coup de main en tant que bénévole, ne la contredira pas : « C’est naturel pour moi qui étais aide-soignante. » Elle apprécie « de pouvoir voir des jeunes » et, en tant que consommatrice, « le vrai luxe de faire ses courses à pied à quelques dizaines de pas de la maison. En plus, vu les prix des carburants, clairement, il vaut vraiment mieux venir ici. »

Installée au 14, Grand’Rue, l’épicerie est ouverte chaque mercredi et samedi de 15 à 19 heures ainsi que le dimanche de 9 à 13 heures. L’adhésion coûte 30 euros par famille et par an.