Alors que le groupe Queen vient de faire son entrée fracassante dans la viticulture varoise, Brad Pitt, Nicolas Sarkozy, Tony Parker et tant d’autres s’y sont déjà engagés, par amitié, par passion, ou en guise d’investissement. À Bormes, Mistinguett, il y a un siècle, était une pionnière du genre.
Mistinguett, reine des nuits parisiennes et vigneronne varoise
Elle pose sur les bouteilles, lascive. Mais que fait Mistinguett sur un côtes-de-provence ? Si la reine des nuits parisiennes de la Belle époque et des années folles a donné son nom au Clos du domaine du Noyer, au pied du massif des Maures, ce n’est pas une fantaisie. Mais un fait historique : l’appellation Clos Mistinguett a été inscrite au cadastre en 1927 sur autorisation de la star.
Un lien étroit avec le domaine
Celle qui fut tour à tour danseuse, meneuse de revue, chanteuse, comédienne et même espionne, a en effet nourri un lien étroit avec le lieu. Tout part de l’achat du domaine du Noyer en 1910 par un certain Jean Marcel. Cet homme d’affaires parisien s’était lié d’amitié avec l’artiste, qui fréquentait régulièrement le domaine. En face des vignes, un restaurant-dancing à l’abandon témoigne de cette époque. Mistinguett y organisait des revues, des spectacles, des fêtes mémorables.
Un héritage familial perpétué
Aujourd’hui, Vanessa Guérin gère le « Clos Mistinguett » aux côtés de son mari Olivier et son beau-frère Frédéric. « Une mamie m’a rapporté que c’est ici qu’elle a vu pour la première fois un dromadaire et un homme de couleur », sourit Vanessa. Les deux frangins sont la troisième génération en exercice, issue d’une lignée d’ouvriers agricoles et viticoles du golfe de Saint-Tropez. Ce sont leurs grand-parents Hélène et Raoul, jusqu’alors coopérateurs à la cave de Grimaud, qui ont signé l’acte d’achat en 1970.
Une notoriété toujours vivace
Aujourd’hui, on est loin de l’ambiance frou-frou et paillettes. Le travail de la terre est une affaire d’humilité. Leur vin ne parade d’ailleurs pas sur les tables tropéziennes, ni sur celles des cabarets parisiens. « On a essayé mais ils n’ont jamais donné suite. Par contre, on travaille avec d’autres établissements qui portent le nom Mistinguett », détaille Vanessa. Comme la Réserve de Beaulieu dans les Alpes-Maritimes où logeait régulièrement la vedette, mais aussi une brasserie à Antibes et un restaurant à Perpignan. Les propriétaires profitent avec bonheur de sa notoriété passée. « En cinq ans, on a réussi à faire dire à nos clients qu’ils ne boivent pas du vin du domaine mais du Mistinguett. L’histoire du domaine nous lie à sa personnalité », admet Vanessa.
Une production locale et familiale
Avec ses 14 hectares et ses 85.000 bouteilles par an, l’essentiel de la production est vendu en local. Les vins sont élevés en tonneaux ou dans des foudres, ces grands contenants bois amenant « de légères notes boisées mais sans lourdeur », précise Vanessa. Son fils de 12 ans, Maxime, rabâche qu’à la retraite de ses parents, il prendra leur suite. La belle histoire continue de nourrir une autre belle époque.



