Tauromachie : Mireille Ayma, pionnière des femmes toreros, raconte son parcours
Mireille Ayma : pionnière des femmes toreros en France

Mireille Ayma, une figure de la tauromachie féminine

Mireille Ayma est la torero française qui a toréé le plus de novilladas piquées. Elle revient sur son parcours et évoque la place des femmes dans la corrida.

Les chiffres clés de sa carrière

« J’ai fait ma présentation piquée le 8 mai 1989 à Tarascon. C’est un jour marquant car j’ai mis un terme à ma carrière le 8 mai 2000 après un festival à Saint-Vincent de Tyrosse où j’ai gracié un novillo de Yerbabuena dans un cartel de prestige avec Rafael de Paula, Ortega Cano, Luis Francisco Espla, Victor Mendes, Damaso Gonzalez et Richard Milian. Pendant cette grosse décennie, j’ai toréé 27 novilladas piquées en France et en Espagne et un total de 45 avec l’Amérique Latine. »

Le regret de ne pas être la première femme matador de toros

« C’était un choix de ne pas prendre l’alternative ? J’avais les 25 novilladas requises pour devenir matador de toros et je pensais que cet indulto aurait plus de répercussion. On me disait qu’on allait me proposer une alternative mais la proposition n’est jamais arrivée. C’est mon grand regret de ne pas l’avoir prise. Je ne sais pas si j’aurais continué ensuite mais, symboliquement, j’aurai aimé devenir la première femme matador de toros en France pour récompenser ces années de dévouement au toro. Ensuite, j’ai pris du recul avec le monde des toros et j’ai eu mon enfant en 2002. »

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Ses plus beaux souvenirs

« Si je devais retenir un seul moment, c’est cet indulto d’un Yerbabuena d’origine Guardiola. Je ne m’y attendais pas du tout et ce n’était pas arrangé. J’étais inspiré et j’avais été à la hauteur ce jour-là. Après, il me reste plein d’anecdotes et le plaisir du campo et d’avoir résidé longtemps en Espagne et pendant un an au Mexique. J’ai plein de souvenirs isolés inoubliables et j’ai pu vivre un temps de ma passion. »

La place des femmes dans la corrida

Aucune Française n’a pris l’alternative et Mireille Ayma est la seule à avoir toréé autant en novillada. « À mon époque, il y a eu Marie Neige et Evelyne Fabregat qui se sont produites en piquée. Il me semble que dans un passé plus lointain, la « Princesse de Paris » et Palmira Camacho l’ont fait également. Depuis, des novilleras ont toréé en France comme Marie Barcelo ou Anaïs à Béziers mais aucune n’a accédé aux piquées. »

Pourquoi si peu de vocations féminines ?

« À la base, le modèle du torero est un héros masculin ce qui a certainement suscité moins de vocation. Il ne faut pas oublier l’impact de l’interdiction de toréer à pied pour les femmes en Espagne pendant de longues années sous la République Espagnole. Par exemple, il y a une grande novillero en Espagne dans les années 30 qui s’appelait Juanita Cruz. Seule Cristina Sanchez a fait une carrière marquante de matador de toros en Europe. Pourquoi ? Cristina a effectué une carrière importante, toréé des toros sérieux et ouvert la grande porte de Madrid en novillada. Mais il ne faut pas oublier Mari Paz Vega qui fait ses adieux cette année. C’est une torero de ma génération qui a pris l’alternative en 1997, confirmé à Madrid et toréé à plusieurs reprises à Mexico, Malaga ou Saragosse. Il y a d’autres femmes, notamment en Amérique du Sud, mais on en parle peu. Plusieurs ont toréé en sans picador et en piquée et j’ai le sentiment que les vocations se développent depuis 2000. On ressent un véritable changement comme on le constate actuellement avec Olga Casado et Raquel Martin. »

L’estocade, un problème de force ?

« Pas du tout. La force ne joue pas. Tuer un toro est une question de technique, de détermination et d’agressivité. On ne va pas rentrer dans les clichés en disant que les femmes donnent la vie et pas la mort. À l’épée, on ne pense pas à ce qu’on fait. On est l’acteur d’un rite qui ne nous appartient pas de justifier. »

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L’engouement pour les femmes toreros

« Les femmes ont un avantage comme Cristina Sanchez ou Olga aujourd’hui. Les gens ont l’a priori qu’une femme n’est pas capable. Quand elle l’est comme un autre torero ou novillero, cela surprend. Le sujet n’est pas de dire si une femme aurait la même carrière qu’un homme à niveau équivalent. Le succès en tauromachie ne dépend pas de facteurs mesurables. C’est une activité artistique, un rite, un sacrifice et chacun apporte sa personnalité, sa technique ou son style. Le succès dépend de ce qu’attend le public et il veut de la variété. Et une femme est différente et va attirer son attention. C’est une attraction qui sort de l’ordinaire. Peut-être qu’un garçon qui ferait la même chose n’intéresserait personne. C’est la rencontre d’un public et d’un artiste. On n’aime pas un chanteur qui fait comme tout le monde. Il faut avoir une personnalité et les professions artistiques ne sont pas toujours justes. Des grands chanteurs ou acteurs n’ont pas fait carrière. »

Les critiques sur le parcours d’Olga Casado

« Je comprends ces critiques. Mais je préfère dire qu’elle a une carrière bien menée contrairement à d’autres qui vont à Madrid après deux paseos. Olga Casado apporte cette différence avec son genre et son charme. Elle est déterminée, ambitieuse, courageuse et a déjà une belle technique. Les critiques ont été moins prononcées pour Manzanares, Cayetano Ordoñez ou, plus récemment, Marco Perez, qui ont connu le même parcours. »

L’acceptation dans un monde machiste

« J’ai débuté dans les années 80 très jeune. Je me suis toujours sentie acceptée par les autres toreros. Les compagnons m’ont accueilli comme un torero sans ressentir de discrimination. On se préparait ensemble et on portait l’habit de lumière pour faire le paseo. On était tous embarqué dans la même galère. Ils me respectaient car on allait affronter les mêmes toros et on s’entraînait de la même manière. En revanche, certaines institutions ont parfois été plus dures comme des clubs taurins qui participaient à l’organisation des novilladas. Cristina Sanchez a également évoqué dans sa biographie quelques toreros qui refusaient de toréer avec elle. »