En juin, Fiona Lauriol et ses parents sont attendus au Sénat et à l'Assemblée nationale pour défendre leur idée de lutte contre la mort sociale des personnes âgées. Tout est parti d'un voyage en camping-car avec sa Mémé de 101 ans. Depuis, ils sillonnent la France et font étape à Agen jusqu'au 10 mai.
Un voyage qui a tout changé
« Les médecins donnaient à Mémé une semaine à vivre. Elle était en soins de suite et réanimation et nous devions la changer d'endroit », raconte Fiona. Nous sommes en 2019, Mémé a 101 ans, un caractère bien trempé, « proche de Tatie Danielle », sourit avec une pointe de tendresse Fiona Lauriol, sa petite-fille. C'est chez elle qu'elle ira pour ce que tout le monde pensait être ses derniers jours de vie. « J'ai décidé de la retaper… » La jeune femme la nourrit au chocolat, « à 101 ans, on a le droit de se faire plaisir ! », elle apprend à s'en occuper, la fait marcher à l'aide de son déambulateur… Six mois passent. « Un jour, je l'ai vue regarder, l'air absent, le mur blanc de sa chambre. » Alors, Fiona fait ce qu'elle a toujours fait : « J'ai voulu partir en voyage. Mes parents m'ont éduquée comme ça, je n'ai jamais été à l'école. » Ses parents, Thierry et Fosca, ont sillonné le monde, construit des écoles pour filles, creusé des puits… Elle-même a un fourgon qu'elle a aménagé. « Mais, ma petite maman n'était pas pour que j'amène sa maman seule en voyage… » Alors, les parents ont pris la route avec elles.
Des premières fois à 101 ans
D'abord pour un test de 40 jours. « Rien ne se passe comme prévu, on enchaîne les déboires, la grêle… » Mais, contre toute attente, le lendemain de leur retour, la Signora, comme elle aimait parfois à se faire appeler, est prête à repartir… « À 101, 102, 103 ans, elle a vécu plein de premières fois : un concert dans le désert, le chemin de Compostelle, Lourdes, aussi... » La famille a même été confinée en Espagne pendant le Covid. Tous les quatre ont fini par rentrer dans une France en pleine pandémie. « Mais Mémé avait des projets. Elle voulait faire tous les pays en « ie », en hommage à son Italie natale. » Fiona évoque ce souvenir avec un brin de nostalgie. Mémé ne fera jamais ce voyage. « Elle est partie très vite, mais avec des perspectives de vie… »
Un combat contre l'isolement
Ce voyage et le livre qui a suivi, « 101 ans, Mémé part en vadrouille », ont donné à Fiona l'envie de continuer un combat : celui contre l'isolement, « la mort sociale », des personnes âgées. De passage à Agen jusqu'au dimanche 10 mai, la famille en est à son second tour de France. La fille et ses parents remuent ciel et terre pour que leur cause soit entendue : « Nous devons nous occuper de nos personnes âgées. Ce n'est pas normal d'attendre la mort en regardant un mur blanc. » Mais les vieux, « nos arthrolecents », c'est tabou. Alors, plus qu'un bâton de pèlerin, c'est un long chemin que la famille a entrepris. Qui la mènera, les 9 et 10 juin prochain, au Sénat et à l'Assemblée nationale. « Nous avons contacté les 577 députés et 348 sénateurs, en expliquant notre projet. » À chaque étape, la famille est rejointe dans la vraie vie par ses fans sur les réseaux. Rien que ce week-end, ce sont une vingtaine de personnes qui ont partagé un moment avec eux. « Il n'y a pas de date de péremption pour les personnes âgées. Et économiquement, cela peut même rapporter à l'ensemble de la société. » À condition de se donner les moyens de lutter contre cet isolement parfois fatal.



