Un bambin aux joues roses et aux frisettes blondes gambade d’animations en petits quiz. Le visiteur du jour, trois ans, s’est introduit par erreur dans cette zone colorée et ludique de la Cité des sciences à Paris, encore fermée au public. Il rit en se dirigeant vers la sortie, ignorant tout des exercices ardemment bichonnés par les préparateurs de ce gigantesque musée consacré à la méthode scientifique, tandis que du personnel inspecte les derniers modules en carton-pâte en cours d’installation.
Une exposition pour déjouer les pièges de la raison
Ce mardi 7 juillet, la Cité des sciences inaugurera l’exposition "Esprit critique", un parcours dédié aux pièges de la raison et fraîchement agencé au premier étage du musée. Après avoir enfilé un petit bracelet en caoutchouc équipé d’une puce électronique, les visiteurs pourront voguer au gré de leurs envies autour d’une trentaine de modules interactifs, de petits stands avec écrans tactiles et boutons de jeu, conçus par le développeur Cap Science. Une sorte de simulation géante pour tester sa capacité à résister aux arguments fallacieux et apprendre à repérer les manipulations psychiques.
Une fois le curieux bijou au poignet, se dévoile un immense jeu de piste pour petits et grands curieux - à partir de dix ans, n’en déplaise à l’intrus du jour. Cap Science, le développeur de cette exposition trilingue, née à Bordeaux en 2021 et transposée à Toulouse et désormais à Paris, a imaginé l’activité comme une innocente déambulation dans une ville imaginaire. Le but ? Flâner de quartiers en quartiers, explorer la mairie, le kiosque, la salle de spectacle, la supérette, pour décortiquer les énoncés piégeux, repérer les images modifiées, et comprendre les trucs et astuces des manipulateurs. Autant de modules où les visiteurs sont amenés à tester leurs forces cognitives face aux fausses informations.
Des pièges de la raison en action
À l’instar de la vie réelle où d’un contenu à l’autre le vrai et le faux se mélangent, une myriade de pièges attendent les visiteurs. Ici, un écran s’active et immédiatement un acteur récite trois discours sur le changement climatique, puis nous demande d’élire le plus convaincant. Là, une petite voix entonne des énoncés séduisants - "les tournesols s’orientent vers le soleil", "les produits chimiques sont toujours néfastes" - puis teste nos connaissances. Au hasard d’un couloir, une voyante numérique se propose de deviner notre caractère en fonction de l’heure à laquelle on se lève et quelques mètres plus loin, un mentaliste fait un petit numéro avant de dévoiler ses méthodes.
À chaque étape, le visiteur interagit avec les modules préenregistrés, et son score est comptabilisé, de quoi le tenir en haleine, et peut-être susciter une prise de conscience. C’est du moins ce qu’espère Universcience, l’organisme qui gère la Cité des sciences et le Palais de la Découverte, dont L’Express est partenaire. L’exposition doit permettre de vulgariser les mille et une façons d’être trompés par son esprit : on y découvre ainsi le biais d’ancrage, qui nous pousse à reconsidérer une réponse selon la précédente, l’effet Barnum, qui grâce à des énoncés très généraux nous fait croire que les signes astrologiques peuvent vraiment prédire notre caractère, ou encore la fausse alternative, un procédé rhétorique mettant deux affirmations fausses en balance pour donner l’impression qu’il n’y a aucun autre choix.
Un enjeu démocratique face à la désinformation
Une communauté de communes de la raison, hospitalière aux sceptiques de la première comme de la dernière heure. Une démarche salutaire dans une époque propice à la désinformation. L’année dernière, le baromètre de l’esprit critique d’Universcience l’avait bien montré : les Français sont très sensibles aux pseudosciences. Dans ce type de sondage, la psychanalyse, l’ostéopathie, et l’homéopathie sont considérées comme de véritables sciences basées sur des démonstrations soutenues par des preuves expérimentales par plus de 31 % des répondants, bien devant la sociologie (34 %) et l’écologie (28 %).
Si les études montrent que la confiance en la recherche reste élevée, malgré d’importantes baisses, plus que jamais, "la science est attaquée, l’information est mise à mal", résumait ainsi Sylvie Retailleau, la présidente d’Universcience, à une semaine de l’ouverture. "Nous avons plus que jamais besoin de l’esprit critique. C’est l'une des clés de la démocratie", affirme l’ex-ministre de la Recherche d’Emmanuel Macron. Physicienne de formation, la responsable des lieux espère que l’exposition pourra générer une "impulsion particulière" dans le grand public. Et que, tout comme le Printemps de l’esprit critique (une série d’animations et de conférences organisée chaque année en mars depuis 2024), elle permettra un "passage à l’échelle" dans la prise de conscience et la vulgarisation de ces sujets.



