Adieu gummies, bonbons, huiles, tisanes et compléments alimentaires à base de CBD (cannabidiol), une molécule présente naturellement dans le cannabis. La France vient d'appliquer à compter de ce 15 mai aux produits composés de CBD la réglementation européenne de 1997 « Novel Food », qui impose une autorisation préalable pour les aliments qui ne sont pas traditionnellement consommés dans l'Union européenne.
Une interprétation restrictive contestée
Selon Paul Maclean, de l'Union des Professionnels du Cannabis Bien-être et Détente (UPCBD), il s'agit d'une « interprétation restrictive » du règlement. Cette décision laisse les commerçants d'un marché estimé à un peu plus de 900 millions d'euros en France en 2025 dans l'incompréhension. L'UPCBD précise que la part du CBD alimentaire représente près de 40 % dans le marché du CBD, lequel est estimé à 35 000 emplois.
Les fleurs de CBD toujours autorisées : une incohérence ?
« Je ne comprends vraiment pas très bien leur logique », déclare Quentin, employé d'un shop à Marseille et futur gérant de « Nova CBD ». En effet, les fleurs de CBD restent disponibles à la vente, alors que leurs emballages mentionnent « ne pas fumer » et qu'elles sont officiellement vendues comme infusion. Pour ce trentenaire, les ventes de CBD alimentaires représentaient entre 10 et 15 % de son chiffre d'affaires, mais cela ne remet pas en cause son projet d'ouverture. « C'est dommage, car j'avais pas mal de petits vieux qui me prenaient des huiles pour soulager leurs douleurs, leurs rhumatismes, et quelques quadragénaires qui avaient arrêté de fumer et m'achetaient des bonbons au CBD, des gummies, car ils ont encore besoin d'un petit tranquillisant », regrette-t-il.
Pharmacies et grandes surfaces peu impactées
Cette clientèle pourrait se tourner vers les pharmacies et parapharmacies, mais celles-ci sont peu concernées par l'interdiction. Les deux pharmacies voisines du shop de Quentin ne proposent aucun produit au CBD, et une troisième, plus grande, n'avait qu'une seule huile de complément alimentaire au CBD. Dans les grandes surfaces, on trouve au mieux une tisane au CBD. Les épiciers et buralistes, concentrés sur la vente de fleurs et de joints préroulés, sont également peu impactés, mais s'étonnent de cette interdiction soudaine.
Critiques et suspicions sur l'industrie pharmaceutique
Pour Benjamin Odul d'Active CBD, le scandale est ailleurs : « On interdit les gélules et huiles à base de CBD pendant que des molécules de synthèse, autrement plus dangereuses, sont en circulation, et parfois vaporisées sur certaines fleurs de CBD. À ce compte-là, autant aller toucher dans un four de Marseille, c'est plus sûr », provoque-t-il. Il ajoute : « Je sais que ça fait théorie du complot, mais je pense que l'industrie pharmaceutique a des intérêts là-dedans et préfère que des Français continuent à manger un Xanax par jour pendant trente ans. »
Risque de marché noir
L'interdiction pourrait favoriser l'émergence d'un marché noir, les consommateurs pouvant se fournir en ligne dans des pays comme l'Espagne, qui n'ont pas transposé cette réglementation. Une étude du Brightfield Group réalisée en 2023 aux États-Unis indique que 40 % des ventes de CBD se font sur internet. En France, les sites de vente spécialisés se sont mis en conformité dès le 15 mai, désactivant les achats de tisanes, gummies et huiles.
Une interdiction potentiellement temporaire
Cette interdiction pourrait ne pas durer. L'Autorité européenne de sécurité des aliments, chargée d'autoriser la mise sur le marché des nouveaux aliments, souligne « les lacunes persistantes en matière de données » concernant le CBD, notamment le manque d'études sur ses effets sur le foie, les grossesses, les interactions médicamenteuses et l'impact sur le neurodéveloppement.



