Canicule: la mortalité des moules inquiète sur le bassin de Thau
Canicule: les moules menacées sur le bassin de Thau

Une situation catastrophique pour les moules de Thau

La hausse inhabituelle de la température de l'eau a déjà de fortes conséquences sur les moules dans l'étang de Thau. Mais le pire est peut-être à venir si l'épisode de canicule se prolonge. "La situation est un peu catastrophique. Avec les très fortes chaleurs, les moules sont toutes en train de se décrocher des cordes et de mourir." Dans une vidéo postée sur son compte Facebook, Quentin Ovise vient de lancer l'opération "Sauvetage des moules". Après avoir tiré toutes ses moules de corde, le conchyliculteur mézois a tout stocké en bassin, invitant les clients à en profiter. "On va en vendre à gogo pendant deux semaines. Après, ça ne sera plus possible…" L'espérance de vie des moules, qui ne peuvent être très longtemps stockées dans les bassins réfrigérés une fois sorties, n'est plus que de quelques jours.

Des températures mortelles pour les moules

Si, en mer, elles résistent encore, les températures anormalement élevées de ce début d'été leur sont fatales dans l'étang de Thau. "La température est montée très vite, très fort et il n'y a pas de différence entre la nuit et le jour", explique Patrice Lafont, le patron du Comité régional conchylicole de Méditerranée (CRCM). Ce samedi 28 juin, en milieu de matinée, les sondes qui mesurent la température de l'eau en temps réel affichent des valeurs voisines de 28°. Trop chaud pour les moules. "La température a un effet direct sur les moules. Leur limite biologique, c'est 26-27°. Là, c'est monté très vite et très fort et il n'y a pas de différence entre la nuit et le jour", ajoute-t-il.

La menace de la malaïgue

Outre de poser à nouveau la question de l'avenir de la production mytilicole dans l'étang de Thau, l'élévation anormalement précoce de la température de l'eau fait naître une autre inquiétude, plus vive celle-là : l'apparition de la malaïgue. Le phénomène d'anoxie, l'épuisement de l'oxygène, menace tous les autres organismes vivants. Une catastrophe pour la conchyliculture si elle survient : en 2018, 3 000 à 4 000 tonnes d'huîtres avaient été perdues. "Le suivi malaïgue est lancé depuis une semaine, explique Patrice Lafont. L'inquiétude vient du fait qu'on est à 7-8 degrés de plus que l'an dernier à la même époque. Le taux d'oxygène dans l'eau diminuant au fur et à mesure que la température monte, il y a de l'inquiétude."

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Un mince espoir : la tramontane

Depuis 2007, en lien avec le CRCM, l'Ifremer, le Cepralmar et l'Agglo de Sète, le Syndicat mixte du bassin de Thau (SMBT) a mis en place un suivi régulier de la lagune pour détecter tout départ éventuel de malaïgue. Les derniers relevés, effectués les 23 et 24 juin, ne relèvent qu'un seul secteur en hypoxie et aucun en anoxie. Mais l'inquiétude est vive pour les prochaines semaines. "On ne sait pas trop si on est au début d'un épisode caniculaire avec des conséquences graves ou s'il s'agit d'un simple pic. En tout cas, un régime de fort vent serait le bienvenu", confie Patrice Lafont. Une bonne tramontane est-elle au menu ? Pas vraiment. "Il n'y a pas de vent prévu, en tout cas pas fort et régulier. Un coup de tramontane est prévu en soirée du 3 juillet et ça devrait s'arrêter dès le lendemain", annonce Florian Ambrosino, spécialiste météo du bassin de Thau. Autour de la lagune, les ostréiculteurs, à nouveau confrontés depuis quelques semaines à un phénomène de mortalité des huîtres, croisent les doigts. Il ne faudrait pas beaucoup de degrés supplémentaires pour que l'alerte orange vire au rouge.

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Des températures minimales anormalement élevées

Sur le bassin de Thau, l'épisode de canicule se caractérise par l'amplitude des températures minimales. Après le 25,8° observé dans la nuit du 23 au 24 juin à la station météo de Sète (Sémaphore), la minimale la plus élevée de France, les valeurs sont encore montées d'un cran depuis. Ce vendredi 27 juin, à 23 h 42, la station affichait 30° ! La température minimale nocturne a atteint 27° à 5 h 30. À 10 h, elle grimpait déjà à 33°. "Même si on n'est pas sur des records, ce sont des températures excessivement élevées pour une fin de mois de juin, confirme Florian Ambrosino. On aura encore des nuits entre 25 et 28° jusqu'à mercredi matin, des valeurs largement tropicales. Cette situation, qui intervient très tôt dans l'été, devrait durer jusqu'à mercredi avant de repasser sur des températures plus proches de la normale à partir de jeudi." Hors chaleur nocturne, c'est la partie nord du bassin de Thau qui a été exposée aux valeurs les plus élevées. Ce samedi, on enregistrait 40° à Montagnac et Montbazin, 39° à Villeveyrac, Florensac, Cournonsec et Cournonterral, 38° à Gigean, Poussan, Mireval, Marseillan, 37° à Mèze, Loupian, Agde centre, 36° à Bouzigues, Balaruc, Frontignan et Vic-la-Gardiole, 34 à 35° sur la zone littorale. Pour rappel, le record absolu de chaleur enregistré à la station du Sémaphore (créée en 1936) date du 28 juin 2019 ; le thermomètre affichait 40,3°.