Alimentation : l'experte Irène Margaritis appelle à l'équilibre face aux contaminants
Alimentation : équilibre face aux contaminants

Alimentation : l'experte Irène Margaritis appelle à l'équilibre face aux contaminants

Face aux inquiétudes croissantes concernant la présence de substances chimiques dans les aliments, l'experte en nutrition Irène Margaritis rappelle que la priorité reste de manger « équilibré et diversifié ». Alors que les messages anxiogènes se multiplient depuis la publication par l'Anses de deux rapports sur l'exposition des Français aux contaminants chimiques, la scientifique insiste sur le fait que les leviers d'action sont d'abord « agricoles » et non « individuels ».

Des rapports sources d'inquiétude mal interprétés

Depuis le début de l'année, l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) a publié deux rapports : l'un sur l'exposition générale des Français aux substances chimiques via l'alimentation, l'autre spécifiquement sur le cadmium, un métal toxique en cas d'exposition prolongée. Ces publications ont suscité de nombreuses interrogations, notamment sur la consommation de céréales, de pain, de pâtes ou de pommes de terre. « Notre intention n'était pas du tout là », souligne le Pr Irène Margaritis, chargée du domaine « Alimentation, santé animale et végétale » à la direction d'évaluation des risques de l'Anses. « Nous avons observé qu'il y a des concentrations élevées de certaines substances qui pourraient être évitables, et vu ces concentrations et les modes de consommation, cela présente un risque pour la population », développe-t-elle. Mais l'essentiel du message est que ces concentrations sont liées à certaines pratiques agricoles.

Des leviers collectifs et agricoles à actionner

Si la présence de cadmium dans les sols est en partie naturelle, elle est aussi due à la pollution industrielle. L'Anses presse donc d'agir sur les sols agricoles et la teneur des fertilisants, que l'on peut réduire pour limiter l'exposition. « Le levier à activer est collectif, économique et agricole », réaffirme Irène Margaritis, regrettant un « effet médiatique » qui a mis l'accent sur ce que l'on devrait manger ou non, plutôt que sur ce que l'on devrait exiger des pouvoirs publics. L'experte rappelle qu'en matière d'alimentation, il ne faut pas seulement se focaliser sur les risques liés à la contamination, mais aussi prendre en compte les risques nutritionnels, parfois oubliés mais contribuant à une hausse de la morbidité et de la mortalité.

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Des recommandations pour un équilibre entre nutriments et contaminants

Dans le rapport sur l'exposition au cadmium, l'Anses conseille de limiter les produits à base de blé au profit des légumineuses, car la consommation de blé par une part non négligeable de la population excède les recommandations nutritionnelles, tandis que celle des légumineuses est insuffisante. « Il n'y a pas d'aliments à manger ou ne pas manger. Mais c'est parce qu'on va avoir une alimentation équilibrée et diversifiée qu'on ne va pas être surexposé aux contaminants », réaffirme le Pr Irène Margaritis. La scientifique renvoie aux repères alimentaires du Programme national nutrition santé (PNSS), qui visent à satisfaire les besoins nutritionnels tout en intégrant les enjeux liés à la présence de contaminants chimiques.

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Exemples concrets : poisson et chocolat

Prenons l'exemple du poisson : c'est un aliment « très contaminé » par des métaux lourds, mais les acides gras qu'il contient sont des nutriments essentiels difficiles à trouver ailleurs. L'Anses recommande d'en consommer deux par semaine, dont un gras, car « au-delà, on va être trop contaminé, et en deçà, on n'aura pas l'apport suffisant ». Même chose avec le chocolat : « Oui, on y retrouve du cadmium, mais ce n'est pas le carré de chocolat qui va me surexposer, c'est la plaquette. Mais manger une plaquette de chocolat expose davantage à un risque nutritionnel, notamment à cause du sucre, qu'à un risque lié au cadmium ». Le Pr Irène Margaritis tient à préciser que pour certaines substances, « l'alimentation n'est pas plus contaminée qu'avant mais la situation dure ». « Et certaines contaminations ont même baissé car des substances et pratiques industrielles ont été interdites », note-t-elle, mais « on observe un effet de cumul dans l'environnement et les organismes qui peut être préoccupant ». Pour la scientifique, le but des experts de santé publique n'était « pas de générer de l'anxiété chez les citoyens », mais de produire « des connaissances propres à mobiliser les pouvoirs publics ».